« Les chants du pays de ma mère », Baham Ghobadi, 2002


Ghobadi

Récompensé à Cannes dans la catégorie Un certain regard

Nouveau coup de projecteur sur le cinéma iranien qui mérite vraiment d’être découvert.

Alors que l’Irak vient d’en finir avec la guerre contre l’Iran, Sadam Hussein s’emploie à bombarder le Kurdistan. Barat sillonne pourtant les routes pour rejoindre son village natal à la demande de son père, un vieux chanteur kurde iranien. Le ton du film, qui mêle gravité et burlesque, est donné. Barat, qui ne quitte jamais ses lunettes de moto si invraisemblables, est confortablement installé sur son side-car, lui même hissé sur le plateau d’un tracteur faisant office de transport en commun. Malgré le bruit, les conversations vont bon train: certains spéculent grâce à Sadam, d’autres, plus nombreux, le maudissent.

Barat retrouve donc Audeh, son frère, et son père Mirza connu comme le loup blanc des kilomètres à la ronde. Ce dernier les embarque alors dans une étrange quête: il doit retrouver Hanareh, son ex-femme qui s’est enfuie il y a bien longtemps avec son Seyed, son meilleur ami. Si les sentiments ont divisé ce clan, ils restent manifestement unis par la musique et les souvenirs du temps qu’ils formaient tous les 5 un groupe réputé. Audeh peine à laisser ses 7 femmes et ses 13 filles, Mirza, le maître de musique, quitte sereinement ses élèves, tandis que la perspective d’un long voyage en moto réjouit Barat. Pour notre plus grand ravissement ils n’ont pour tous bagages que leurs instruments, censés donner le change en cas d’arrestation: ils sont de nouveau un groupe en tournée.

La narration prend alors des allures de road movie. Cette odyssée les conduit dans une nature généralement hostile entre désert et montagnes enneigées, sur un rythme trépidant. L’épopée n’est pas loin, constamment contrebalancée par des querelles et des jérémiades, des moments loufoques. Leur périple alterne des rencontres heureuses, des partages festifs avec une découverte plus noire d’un pays dans le chaos comme en témoignent les bombardements, les camps de réfugiés, les orphelinats sauvages perdus au milieu de nulle part et les bandits sans scrupules. La musique, sublime, opère comme le trait d’union entre les êtres mais aussi entre les pulsions de vie et de mort. Ghobadi nous propose un film particulièrement esthétique: la photographie, magnifique, et le montage, soutenus par la bande son, rendent un hommage empreint d’une forte émotion à ce pays. Le scénario dynamique, l’humour et les sentiments sont admirablement servis par le casting. J’ai particulièrement aimé la prestation de Faeg Mohammadi (Barat).

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