« J’aimais mieux quand c’était toi », Véronique Olmy, Albin Michel, 2015 (rentrée de janvier)


Quand c etait toiSéduite par ses romans précédents, je me suis jetée sur le dernier Olmy qui ne m’a pas pleinement convaincue. La narration à la première personne m’a cette fois-ci laissée sur le quai de la gare, au petit matin, dès les premières pages, aux côtés de Nelly Bauchard. Comédienne de son état, elle se trouve confrontée au vide brutal et absolu de son existence. Elle a 47 ans et semble encore attendre que sa vie commence. Depuis sa rupture avec Paul, son amant, l’Amant, elle ne parvient plus à habiter sa vie, malgré la présence de ses deux enfants.
En dehors des soirs de théâtre, sa vie se confond avec une impasse en une seule dimension. Elle n’est au monde que les soirs de représentation, mais cet équilibre fragile se trouve menacé le soir où celui qui n’aurait pas du être là, s’assied sans prévenir au cinquième rang dans la salle. « C’est presque illégal cette infraction ».
« Je vis le jour de relâche avec la peur » « Je vis et je joue le soir ».
Le reste du temps elle tente de survivre, elle fait semblant, en s’accrochant à des petits rites, des activités routinières pour ne pas manquer « le déroulement exact des heures ». Froide et solitaire, elle n’est plus que sa propre doublure, coincée entre le lent basculement de sa mère dans la maladie d’Alzheimer et la vague présence-absence de Joseph, l’amant écrivain dont les mots ressemblent à des ordres. C’est bien dans la liberté de l’être aimé que réside notre déchirure. Elle songe qu’enfant, elle n’imaginait pas combien « l’attente du prince charmant avait cette odeur sucrée de transpiration que l’on retrouve dans le cannabis », soit un parfum d’illicite.
Elle s’en veut de se contenter de si peu, d’endosser ce type de second rôle, de se mouvoir comme une composition permanente sans aucun naturel, de vivre totalement dépossédée d’elle-même.
« Je ne voulais pas être poreuse au monde ».
Véronique Olmy s’appuie sur une mise en abyme intéressante et opère des va et vient constants entre existence et théâtre mais la magie prend mal. L’immobilisme de cette femme est pesant, sa douleur aussi. La syntaxe, tout aussi morcelée que Nelly, ne m’a pas conquise non plus, pourtant certaines phrases valent le détour.
« Lui qui a osé. Venir en cachette. Se poser au centre du public comme un attentat. »
« Le théâtre est dangereux, c’est sa seule permanence, et sans danger la vie n’est qu’une vaste zone d’ennui. Les héros de Tchékov font des tentatives de suicide ou des tentatives d’amour, pour sortir de l’ornière de la désillusion et de la lucidité. Aimer ou vouloir mourir, c’est bien la même chose. On veut être ailleurs. »

3 commentaires

  1. Je ne lirai pas ce livre, d’après ce que tu en dis c’est trop pesant pour moi ; besoin de livres qui m’emportant en ce moment ! Bises

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