« L’Apôtre » de Cheyenne Carron, octobre 2014


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Après « La fille publique”, « Le Musulman qui aimait Jésus » et « Ne nous soumets pas à la tentation », la belle et talentueuse réalisatrice, Cheyenne Carron nous offre avec ce dernier long métrage une réflexion intéressante sur les religions. Réalisé avec de petits moyens, ce film est certes d’une grande simplicité dans son traitement esthétique, mais il est courageux, audacieux, à l’image du parcours atypique et volontaire de son auteure. Je tiens d’autant plus à partager ce billet, que ce film, couronné de plusieurs prix, a connu de sérieuses difficultés de distribution en raison de son sujet.
Akim, issu d’une famille attachée à ses valeurs et à sa culture mais relativement bien intégrée en France, est appelé à devenir imam et à assurer ainsi la relève de son oncle Rachid. Pour tous, c’est « un bon musulman » qui accomplira bientôt son pèlerinage à La Mecque, épreuve initiatique qui doit couronner son parcours. Entouré de ses parents, de son frère Youssef et de sa sœur Hafsa, il mène une vie paisible dans une maison confortable. On prend le thé et on discute de Monet ou de l’art contemporain en dégustant un bon thé et des cornes de gazelle. Nous sommes donc loin de l’imagerie des cités qui regorgent d’immigrés en mal d’intégration et d’identité. Il travaille dans une boulangerie et partage son temps libre entre la mosquée, les 5 prières quotidiennes et la pratique de l’escalade.
Son chemin semble tracé et pourtant une succession de petits événements va bousculer ses certitudes, son identité et inévitablement ses relations avec ses proches. A quelques maisons de la sienne, une jeune femme, la sœur du prêtre de la paroisse est violemment assassinée. Peu de temps après un léger accident de la circulation est l’occasion d’une rencontre avec Fabien, un jeune chti nouvellement installé dans la commune avec sa femme et leur bébé. Des liens se tissent et Fabien l’invite au baptême de sa fille au grand dam de Youssef, qui incarne un bon moment dans le film, la voix de l’intolérance. C’est le début de longues interrogations théologiques pour Akim. En proie à un véritable conflit intérieur et religieux il s’apprête à vivre le chemin de croix réservé aux apostats.
Cheyenne Carron aborde avec beaucoup d’humanité, de sensibilité et de respect ces difficiles questions. Sans manichéisme, elle porte son regard sur chacune des religions et les confronte, juste pour évoquer la quête d’Akim dont le prénom signifie sagesse en arabe et Dieu et promesse en hébreu. J’ai particulièrement aimé les scènes de discussion entre l’imam et les hommes dans la salle de prières ainsi que les rencontres entre Akim et le père Fauré qui donnent au film des allures de débat théologique jamais ennuyeux. Il ne s’agit pas de prôner un culte plus que l’autre, mais de délivrer un message de tolérance plus que jamais d’actualité. Ainsi que le rappelle la mère d’Akim, « le Coran ça demande de la tolérance », la chrétienté aussi. « Il y a des gens qui mélangent tout, Dieu et violence, alors que Dieu est amour », que l’on soit musulman ou chrétien.
Je terminerai ce billet en saluant la prestation brillante de Fayçal Safi (Akim) et celle, en contrepoint, de Brahim Tekfa (Youssef) qui incarne bien les difficultés que l’on peut rencontrer dans l’apprentissage de la tolérance. Il n’est peut-être pas donné à tout le monde de comprendre qu’accepter les croyances de l’autre ne constitue pas forcément une menace pour les siennes.

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