discussion « L’intégriste malgré lui », Mohsin Hamid, Grasset 2007


« L’intégriste malgré lui », Moshin Hamid, Grasset, 2007
Un auteur qui mérite le détour!
Originaire de Lahore au Pakistan, Moshin Hamid a vécu à Londres et aux USA. Il collabore régulièrement au New York Time, au New Yorker et au Guardian, mais il est aussi l’auteur de plusieurs romans dont « Partir en fumée » ou « Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante » en passe d’être adapté au cinéma.
Ce récit fort original s’ouvre dans le vieux quartier d’Anarkali (nom d’une courtisane emmurée vivante pour avoir aimé un prince) à Lahore. Tchenguiz, un pakistanais qui a étudié à Princeton, aborde un homme assis à un café. Ce dernier lui a tout l’air d’un américain. Ils partagent du thé, des jalebis (gâteaux orange gorgé de sirop) et un repas interminable le temps d’un long monologue de Tchenguiz. De cet interlocuteur et de ses intentions nous ne saurons rien de précis puisque tout est en suggestions et que la fin est très ouverte. Tchenguiz narre ses efforts d’intégration aux USA, tant sur le campus de Princeton que chez Underwood Samson où il excelle et se distingue avant que sa vie bascule après les attentats du 11 septembre 2001. A la success story et au rêve américain, succède une déchirure grandissante. Il évoque aussi son infini pour la jeune et belle Erica au destin torturé.
Sans jamais sombrer dans le moindre manichéisme, Moshin Hamid aborde avec une grande humanité des questions aussi profondes que l’amour fou, l’altérité, l’identité ou l’impérialisme américain. On ne ressort pas indemne de ce récit d’une rare intensité.
« Si vous avez déjà vécu la rupture qui vient conclure une grande passion amoureuse, sir, vous comprendrez ce que je ressentais alors. dans une telle situation, il arrive généralement un moment d’emportement où l’impensable est enfin énoncé, provoquant une sensation de libération des plus euphoriques, comme si le monde entier renaissait devant vous, comme si tout se renouvelait; puis survient inévitablement une période de doute, suivie des efforts désespérés et condamnés d’avance que commande le regret, et c’est seulement après, lorsque toutes ces émotions se sont dispersées que l’on est capable de considérer avec lucidité la longue route que l’on vient de parcourir. »

« En tant que nation, vous étiez incapables de réfléchir aux maux que vous partagiez avec ceux-là mêmes qui vous avaient attaqués. Vous vous réfugiiez dans la proclamation d’une différence mythifiée, dans le présupposé arbitraire de votre supériorité. Et vous brandissiez vos convictions sur la scène mondiale sans vous soucier que la planète entière soit secouée par vos pantomimes, jusqu’à ma famille menacée par la guerre à des milliers de kilomètres de là. Cette Amérique-là, il fallait arrêter sa dérive, dans seulement dans l’intérêt du reste de l’humanité mais aussi du sien. »

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