« Le paradis des autres » de Joshua Cohen, 2014


« Le paradis des autres », Joshua Cohen, Edit° Le nouvel Attila, 2014 pour la traduction française

CV-Paradis
« Véritable récit d’un jeune garçon Juif Jonathan Schwarzstein de la rue Tchernichovsky de Jérusalem et des Aventures Post Mortem au et réflexions sur le Paradis des Musulmans. »

Une bien étrange pépite !

Des poèmes en hébreu, en allemand et leurs traductions assurent l’ouverture du récit qui s’inspire lui-même, paraît-il, de la poésie hébraïque.
C’est le jour de ses dix ans et Jonathan a envie d’un jouet. Auparavant, Aba, son père, doit s’acheter des chaussures avec la Reine, sa mère. Mais les aléas de la mort, lui ôtent le loisir de le choisir en même temps qu’ils lui volent sa vie et celle d’un autre gamin, venu le percuter bourré d’explosifs.

« Tous les deux, on se serre fort. On se tombe dessus. On sent qu’on ne fait qu’un et pour les autres on fait une chute. On sent. Et on se serre.
Yeux fermés, l’un contre l’autre pressés – comme des citrons.
Et puis ils explosent.
Gare aux pépins.
Le nom d’un des gamins était le sien, le nom de l’autre était le sien aussi. Même âge. Ils avaient dix ans, ou pas loin. Et les deux sont à moi maintenant. Et en même temps aucun. »

Arrivé par erreur au paradis des Musulmans, après cet attentat suicide, Jonathan se souvient…du café soluble du matin, du paillasson sur lequel il était écrit « shalom », ironie du sort…des baisers de la Reine, sur son front, de son père, accordeur, qui voulait « offrir rédemption et salut au plus grand nombre de pianos » et refusait donc de travailler pour le Philarmonic orchestra de Jérusalem. Il se remémore la détresse colérique de son père face aux déambulations des touristes dans la vieille ville. Ce paradis, ce n’est pas le bon, ce n’est pas le sien sans doute. Ni cette immense désert. Ni ces vierges.

« Etre ici-là en étant ce qu’il est l’expose à la haine, même celle du vent. »

Peut-être que s’il parvient à trouver l’homme qu’on appelle Muhammad, celui qui « redressait les torts et détordait les maladresses », il obtiendra une petite réparation, pas des excuses, juste le droit de retrouver son paradis à lui, « une restitution à l’Eden conforme à (sa) foi peu importe (sa) façon d’en avoir hérité ou d’y croire».
Son périple prend des allures d’odyssée vaine…ses parents, et même Dieu, demeurent aux abonnés absents.

C’est tout aussi brutal que poétique. Rêve et cauchemar se confondent dans une écriture des plus surprenantes. Cohen joue avec les mots, les polyptotes, propose des variations sur un simple mot comme soulier, qui prennent des allures de valse, de danse des mots dans laquelle surgissent d’étranges majuscules. Sa langue est inventive, les trouvailles nombreuses comme en témoigne un terme comme « aclapclaplaudir » et la syntaxe est tout aussi émiettée et bouleversée que l’existence de cet enfant sacrifié. Le récit, qui mêle les points de vue, confine régulièrement à l’absurde, tout comme sa mort finalement. Mais peut-on toujours trouver un sens à tout ? Ce qui importe ici c’est la musique de cette langue étrange qui envoûte le lecteur et le perd régulièrement dans cette vision fantasmagorique comme pour le contraindre à se frayer sa propre voie hors des idées reçues, des préceptes et des principes qu’ils soient sociaux, raciaux ou religieux.

Un petit aperçu :

« Avec mes chaussures qui les étonnaient tant, j’ai fait et refait le tour du tronc de l’Arbre, fait et refait le tour de leur cercle infini (du moins je ne me souviens pas avoir revu deux fois une de ces femmes après le troisième tour ni au cours des suivants), j’ai encore refait le tour de l’Arbre et je leur ai dit Une explosion m’a pris dans les bras et transporté dans ce paradis qui est le vôtre et pas le mien, où je ne suis pas à ma place parce que vous dîtes que je n’y suis pas à ma place (je vous ai écoutées) et que je ne suis moi que parce que vous êtes vous. »

A propos d’un fils maudit (son demi frère)
« Un style de vie que la décision de David de couper le cordon téléphonique et le fil de la réciprocité des cartes postales rendait d’une clarté encore plus éblouissante, même si le comble d’aveuglante clarté a été le refus d’Aba de penser à lui comme son fils ou même d’entendre parler de lui pour toujours et le soutien inconditionnel de la Reine dans sa décision… »

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