discussion « Marika est partie, drame en 3 actes » d’Alain Gordon-Gentil, 2014


« Marika est partie , Drame en 3 actes » d’Alain Gordon-Gentil, Pamplemousses éditions, 2014 Marika

On l’ignore généralement en Europe, mais en décembre 1940, 1600 juifs d’Europe Centrale ont débarqué à l’Ile Maurice, alors colonie anglaise, pour tenter de fuir le nazisme. Ils n’y trouvèrent cependant pas l’Eldorado espéré, puisqu’ils furent immédiatement incarcérés.

C’est dans ces circonstances que le jeune Mauricien Delcourt Chasles, « Créole des îles » « bâtard du soleil, métis » rencontre Marika Lindenbaum dont il tombe amoureux.

Quel drame va-t-il résulter de cette collision entre l’Histoire et l’histoire? C’est ce que Gordon-Gentil se propose de retracer dans ce huis clos qui confronte Marika et Delcourt, modeste propriétaire terrien, mais aussi Kewal Ramputh, médecin et ami délicat de Delcourt et le Grand Rabbin, le docteur Bieler.

Le rideau se lève sur un Delcourt écoutant la radio dans son salon. Le speaker rapporte que « Le gouvernement de Sa Majesté a décidé de ne pas autoriser le débarquement en Palestine des réfugiés » « Ils ont été expulsés directement à Maurice », où ils seront détenus pendant toute la durée de la guerre. Bientôt survient Kewal, passionné de politique et fervent militant du parti de l’indépendance. Amis de longue date ils ont fait leurs études ensemble en Angleterre et connaissent un certain relâchement dans leurs liens, parfois, surtout lorsqu’il est question de politique ou d’engagement.

« Toi tu t’compliques la vie avec Marx, Gandhi, Lénine… »

C’est pourtant peut-être le seul être susceptible d’aider Delcourt à obtenir un entretien avec Marika, entrevue sur le port. Il l’a juste croisée du regard mais il reste persuadé qu’elle est son Destin. Il éprouve le besoin de lui exposer ses sentiments et ses projets pour l’avenir. mais Marika peut-elle l’entendre? Pourra-t-elle conjuguer les verbes aimer, être et vivre au futur alors que ses pensées sont prisonnières d’un passé immédiat difficile et d’un présente douloureux?

Delcourt: « Regardez, moi, vous m’avez manqué, toute une vie. Je vous attendais. Sans vous connaître… »

Marika: « Vos mots, je les aime, mais ils me font peur. »
« Je vous parle de mort, vous me parlez d’amour? »

Delcourt est rentré au pays pour aider son père malade. Le jeune ingénieur s’est donc reconverti en agriculteur, mais cela ne signifie pas pour autant son attachement à sa terre. Très vite, il a le sentiment que sa patrie se confond avec Marika. Habité par l’amour il vit dans l’absolu. Mais pourra-t-il devenir la terre promise de Marika?

Le temps de la courte pièce traverse les années de guerre qui constituent paradoxalement comme un « hâvre de paix » pour les deux jeunes apatrides qui peuvent s’aimer en relative liberté. Leurs échanges ont quelque chose de suranné, l’écriture est simple et belle, peut être parce que « Les phrases ça fait peur à l’extase ». Ils vivent dans un cocon tandis que les effets du conflit se rapprochent.

« Aimer c’est comme souffrir, ça s’apprend pas. »
« Retiens ce que je vais te dire Marika Lindenbaum: je suis un tremblement d’amour, tu es un tremblement de terre! Moi je suis la vie, toi tu es la mort! »

Alain Gordon-Gentil a l’art de parler d’amour, un sentiment difficile à définir, peut-être parce qu’il en existe autant de définitions que d’individus. Chez Delcourt, l’amour est poésie, l’amour est absolu, il éclate dans toute sa puissance et pourtant…il ne retient pas.

La pièce a été jouée au Théâtre des nouveautés à Paris, en septembre dernier, où elle a su se faire apprécier.

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