discussion « Chroniques birmanes », Guy Delisle, Delcourt, collect° Shampooing, 2007


Une belle découverte! chroniques-birmanes

Plus qu’un roman graphique, « Chroniques Birmanes » se lit comme un journal de voyage. Guy Delisle, qui s’est déjà intéressé à l’Asie, et notamment à la Corée du Nord, a suivi durant un peu plus d’une année, sa compagne Nadège au Myanmar.
Vous découvrez le nom de ce pays? C’est normal! La France, à l’instar des USA ou de l’Australie, refuse de reconnaître tout autant le nouveau nom de la Birmanie que son gouvernement.

Guy suit donc Nadège, et leur fils Louis encore bébé, en Birmanie. Cette dernière y travaille pour MSF. La famille échappe tout juste à une mutation au Guatémala, jugé trop dangereux. Vient donc le temps de la transhumance à l’autre bout de la planète.

L’expatriation, voilà bien un mot qui en fait rêver plus d’un. C’est évidemment toujours une expérience enrichissante, mais cela demande aussi un certain sens de l’adaptation ainsi que des concessions. On peut même avoir besoin d’un certain sens de l’abnégation. La famille vit ainsi sans domicile fixe, dans des logements aux bibliothèques vides. La seule lecture possible reste d’abord celle du Time, en version expurgée, ou du « The New Light of Myanmar », le journal officiel dont « la rhétorique xénophobe, paranoïaque et guerrière «  ressemble à celle de toutes les dictatures.
Sans emploi sur place, Guy endosse un temps le costume du père au foyer. On le croise dans les rayons du City Mart ou dans les babygroups.

« Ah, les rayons alimentaires des pays étrangers! Je dois avouer que je trouve ça extrêmement exotique. »

Pourtant, on y trouve aussi certains produits qui ont réussi à conquérir le monde entier, comme s’il était inconcevable de ce passer de vache Qui Rit. D’autres épiceries, heureusement, sont des machines à remonter le temps.

Il faut donc s’habituer à la châleur, aux climatiseurs, aux coupures électriques qui empêchent le fonctionnement des dits climatiseurs…aux demeures de type gréco-birmano-chinois et à leurs toits en plastique bleu, « ces maisons modernes parfaitement inadaptées à la région », sans parler de la chanson de Karen Carpenter , « l’équivalent musical de la Vache Qui Rit » que l’on passe en boucle à City Mart, un vrai cauchemar!

Débrouillard et avide de rencontrer le pays et ses habitants, il s’organise, développe son réseau et s’adonne à sa passion , le dessin, avec les moyens du bord. Le système D est de mise dans une contrée soumise, entre autres, à l’embargo américain.
Pour notre plus grand plaisir, il tisse l’évocation de leur quotidien avec la descriptions des conditions de travail difficiles de toutes ces ONG qui tentent de venir en aide à la population, et le portait de cette dictature qui gère le pays d’une main de fer depuis 1962. On apprend accessoirement à dire bonjour en birman: « Mingalaba » et on découvre un peu plus en profondeur le bouddhisme Thérévada.

Résidant à quelques maisons d’Aung San Sui Kyi, « la plus célèbre prisonnière politique du monde », il rêve en vain de l’apercevoir, elle qui est autorisée à quitter le pays mais pas sa demeure, et qui a donc fait le choix de rester enfermée chez elle pour signifier sa résistance au régime.

J’ai beaucoup apprécié son approche de ce pays que je rêve de visiter. Il n’est jamais manichéen ni excessif. Même ses propos sur la dictature et l’oppression sont mesurés sans perdre leur efficacité.

« Dans un pays sans journaliste, la rumeur est la source de l’information. »
« En Birmanie, il y a deux fournisseurs d’accès, le premier appartient à un ministre et l’autre à son fils ».
Il opte pour le noir et blanc, ce que l’on pourrait regretter vu les splendides couleurs birmanes, mais ce choix colle aussi à la perfection, à ses conditions de travail du moment, et à la situation de la population, peut-être aussi. Le graphisme ne m’a pas totalement emportée,
sans doute parce que les personnages ont des traits assez « caricaturaux ». Les lieux, en revanche, sont bien traités.

Le tout est franchement sympathique, éclairant, enrichissant et certaines planches peuvent être une mine pour expliquer à des enfants ou à es élèves ce qu’est un régime oppressif ou la censure.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s