discussion « Histoire d’Usodimare, un récit pour voix seule », Ernesto Franco


usodimare« Histoire d’Usodimare , un récit pour voix seule » d’Ernesto Franco, 2009 pour la traduction française, Editions de l’Arbre Vengeur

Ernesto Franco nous propose un récit original en ce qu’il mêle les genres du récit et du théâtre, intégrant même des extraits d’un journal de bord électronique. La narration s’ouvre sur ce qui tient du discours didascal et nous présente un décor atypique: celui des miasmes, de la vase et des odeurs nauséabondes vécues du chantier naval de Chittagong, vécues depuis la passerelle de navigation d’un cargo en démolition. La Compagnie a décidé de s’en défaire.
Le narrateur, qui enquête pour le compte d’une assurance, sur la disparition du Capitaine Usodimare, nous retrace alors la dernière épopée du navire.

Un an auparavant, Usodimare a reçu pour mission de conduire le Bahia Inutil à cette perte alors qu’il se trouvait à Cuba. Cela lui laissait le temps de faire ses adieux.
« Encore une fois pour la dernière fois. C’est la formule parfaite de l’adieu. Elle dit l’adieu, mais elle le repousse aussi. Elle le reconnaît, c’est comme si elle en avait tout de suite horreur et le différait. Mais elle le célèbre. Elle le fait durer. Pour la dernière fois oui, dit-elle, mais encore une fois. Bon dieu ».

Pourquoi cet attachement d’Usodimare à ce rafiot ? Pourquoi cette odyssée se confond-elle ainsi avec sa propre existence? Quel est le véritable objet de sa quête?
Tout l’équipage s’interroge alors que, retranché dans sa cabine, le Capitaine organise une fouille minutieuse et générale du navire.
La réponse semble tenir dans l’évocation d’un nom, Nené, une femme aimée et aujourd’hui disparue qui l’a invité, dans son dernier souffle, à chercher ce qu’elle avait dissimulé dans le bateau.
Usodimare s’évertue donc à respecter ses dernières volontés tout en ressassant leurs souvenirs.

« Nené et Usodimare sont liés par une série de « dérencontres », ce qui signifie qu’  « on a ressenti les mêmes émotions, mais à des moments différents de la vie. La rencontre d’une certaine façon, existe, mais elle ne se produit pas complètement. C’est quand on trouve les mots l’instant d’après. Quand il vous vient un geste devant quelqu’un qui ne peut pas le comprendre. Quand votre corps perd l’alibi de la pudeur et en même temps la « chance » de la beauté ».

Le récit, qui confine au mythe moderne et qui renouvelle la question de l’absurde, reste assez énigmatique, mais l’écriture est riche et belle.
« Ils se rencontrent dans le hall des départs, comptoir d’enregistrement Alitalia numéro 15. Pour Nené, qui vient de Milan, il est deux heures du matin, pour Usodimare , qui vient de Manille, il est dix heures du matin. A New York, il est huit heures du soir. Ils vivent cette expérience d’une éternité mineure qui consiste dans le fait d’être détaché du temps parce qu’on bouge plus vite. Ou le contraire. »

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