« L’Etranger », de Jacques Ferrandez


« L’Etranger » de Jacques Ferrandez, Gallimard, collection Fétiche 2013

                                             D’après l’œuvre d’Albert Camus

Letranger

Aujourd’hui, la mère de Meursault est morte dans l’asile de vieillards dans lequel elle séjournait. Enfin, il ne se souvient plus du jour exact. Il doit donc prendre deux jours et quitter Alger pour se rendre en bus à Marengo. Il lui faut affronter la veillée, la cérémonie, l’hommage rendu par les autres pensionnaires. Il lui fait supporter la chaleur, la morbidité du lieu, même si les murs arborent une couleur chaude, l’asile reste un mouroir.

Mais le déplacement est aussi l’occasion fortuite de revoir Marie Cardona, une ancienne collègue, de l’accompagner à la projection d’un film de Fernandel et d’en faire sa maîtresse. Cela aurait pu aussi être une belle journée.

Pourtant entre deuil et bonheur, Meursault semble toujours impassible, comme si rien ne l’atteignait, même pas les couleurs chaudes d’Alger et la fraicheur de l’eau. Son leitmotiv reste « ça m’est égal », « je ne sais pas », qu’on lui parle d’amour, de promotion, ou d’avenir. Il répond toujours à côté, sans s’embarrasser des convenances ni de l’autre.

« J’ai un peu perdu l’habitude de m’interroger. »

« On ne change jamais de vie. En tout cas, toutes se valent. »

La vie pourrait être simple et sympathique…surtout sans la compagnie violente de Raymond Sintès, le semi-voyou, qui va l’entraîner vers l’irréparable : le meurtre d’un arabe. Meursault reste cependant «étranger à lui-même et à la situation, soulagé d’apprendre que la justice désignera un avocat commis d’office. « C’est très commode que la justice se charge de tous les détails ». Est-il pour autant ce monstre moral, cet antéchrist qu’on jette en pâture aux jurés ?

Le dessin est très plaisant. L’organisation de l’album en deux parties est soutenue par un contraste de couleurs qui fait de l’ensemble un tableau en clair-obscur de cette existence marquée par le sceau de l’absurde. Ferrandez a le sens des détails et des visages et j’ai beaucoup aimé l’insertion graphique du film, mise en abyme en noir et blanc qui ajoute une touche d’humour au récit.

Le scénario doit évidemment beaucoup à Camus, mais il le sert aussi énormément. Il éclaire le sens du roman, peut-être parce que le dessin l’incarne, d’une certaine façon et que l’absurde devient plus perceptible. La réflexion sur la justice, le prix à payer est aussi très bien menée.

Je dois à Jacques Ferrandez d’avoir enfin compris une œuvre à laquelle je restais hermétique. Ce fut une bien belle rencontre !

 

 

2 commentaires

  1. C’est vrai que les images ont souvent ce pouvoir de nous rendre ce qui était resté à distance 😉

    J'aime

  2. Ah, c’est chouette ça! Moi aussi, j’ai toujours « résisté » à ce livre, alors que je suis en admiration devant « La Peste ». Cela me permettra peut-être de mieux entrer dans l’oeuvre et de mieux la comprendre aussi !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s