« La première chose que l’on regarde », Grégoire Delacourt, Lattès, 2013


« La première chose que l’on regarde » , Grégoire Delacourt, Lattès, 2013 Premierechose
Adolescent, « Arthur Dreyfus aimait les gros seins ». C’était toujours ce qu’il regardait en premier chez une femme. Mais Nadège Lepetit, avec son 85 C, et Joelle Ringuet et son ridicule 80 A, l’ont bousculé dans ses certitudes. « Il n’ y avait pas que les seins dans la vie ». Il l’apprend à ses dépens.

A 20 ans il partage son temps entre le garage de PP, son téléviseur et la poésie de Jean Follain. Il vit « seul dans une petite maison isolée, à la sortie du village, en retrait de la départementale 32 qui mène à Ailly-Le-Haut-Clocher » et n’a plus de croyance particulière. Il comble la platitude de son existence devant des séries télévisées en VO, « en marcel blanc et caleçon Schtroumpfs ». C’est dans cette tenue qu’il ouvre la porte lorsqu’on frappe un soir., ce qu’il aurait pu  regretter.

C’est comme une apparition. « Celle qui remporta le titre de « la plus belle poitrine d’Hollywood » se tient sur son palier. Scarlett Johansson en personne, en fugue. Il en reste bouche bée, d’abord:

« parce que, dans ce genre de rencontre, au tout début, l’intelligence l’emporte rarement sur la stupéfaction. «

Il y a de quoi regretter « l’absence de bons dialoguistes dans la vraie vie. » !

Comment ne pas se penser dans un remake de « Coup de foudre à Notting Hill »? A moins que ce ne soit un coup de François Damiens? Un nouvel épisode de la Caméra cachée ou de Surprise Surprise…? Un rêve érotique prolongé? Pourtant ce n’est qu’illusion, juste une étape nécessaire pour s’embarquer dans un parcours initiatique…
Cette porte nous conduit assurément dans l’univers curieusement déjanté de Delacourt, qui a vraiment l’art de conjuguer le grotesque et le sublime dans des récits qui confinent à la tragédie. Ici, celle de la Beauté et de ses enfermements.
Notre Scarlett le pressent sans doute puisqu’elle s’efforce de la dissimuler.

« elle portait un pull lâche. Un pull comme un sac, une injustice »

Arthur devra parcourir le chemin par-delà les apparences et les confusions. Il lui faudra comprendre que la beauté est dangereuse et criminelle.

Je reste conquise par l’écriture de Delacourt. J’aime le regard cynique et poétique qu’il porte sur l’humanité et ces petites choses de la vie qui suscitent les plus grandes interrogations, les plus belles douleurs aussi.

Un petit aperçu:

PP « C’est un miracle, une fille comme ça: ça fait que seras plus jamais moche maintenant… »

« De l’essence ou de la chair, où est la vérité. »

« L’amour filial est terrifiant; son but est la séparation. »

« Ils parcourent les vingt-deux kilomètres en dix minutes – soit une moyenne de 13é kilomètres-heure, ce qui fut parfaitement déraisonnable mais si sage lorsqu’on sait que dans un coup de foudre, la lumière, elle, se déplace à 300000 kilomètres par seconde, oui, oui, par seconde, et que ces deux là en avaient pris un gros. »

« Plus je lisais, plus j’avais l’impression que tout ce qu’on découvre dans la vie a déjà été découvert avec les mots, tout ce qu’on ressent, déjà ressenti. Que tout ce qui va avoir lieu nous habite déjà. »

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