discussion Rentrée littéraire (5) : « La loi sauvage » Nathalie Kuperman, Gallimard, 2014


« La loi sauvage » de Nathalie Kuperman, Gallimard, 2014

Voilà un court billet sur un roman de la rentrée dans lequel je ne suis pas du tout rentrée. Je dirai même qu’il m’ a prodigieusement agacée.
Mère célibataire, Sophie Ehrenkrantz s’occupe désespérément seule de sa fille Camille, élève en CM2.
« Camille était une sorte d’enfant qui prenait sur elle, et qui se débrouillait pour éviter qu’on la considère comme un problème. »
Sa vie lui semble fonctionner et pourtant ce n’est qu’illusion…Un matin, alors qu’elle se rend chez Technipro où elle officie comme rédactrice de modes d’emploi, elle croise Mme Bigard, l’institutrice de Camille. S’ensuit un bref échange durant lequel la maîtresse a juste le temps de lui glisser que sa fille est une catastrophe. La formule, qui relève de l’hyperbole, n’a pas vraiment de sens mais elle opère comme un véritable cataclysme.
« Est-ce que le directeur peut imaginer l’effet que produisent sur moi les mots de la maîtresse, Votre fille c’est une catastrophe », le matin à 8h25? »
Sophie ne supporte pas cette infantilisation et cette culpabilisation des parents en milieu scolaire, mais elle accepte encore moins qu’une enseignante belge et catho puisse métamorphoser sa progéniture d’un coup de langue. Lorsqu’elle a rendez-vous dans la classe, une forte angoisse la pousse dans ses retranchements et dans un questionnement quasi métaphysique. Qui est-elle? Est-ce important de le savoir d’ailleurs?
Jusque là l’idée peut sembler séduisante. C’est ce qui m’a poussé à ouvrir le roman. J’ai apprécié cette remise en question d’une école qui opérerait comme un simple entonnoir du savoir faisant fi de l’humain. Mais, tandis que Camille « refuse cette inquiétude qui la concerne », la mère sombre dans un délire vertigineux des plus pénibles. Elle cristallise tellement ses craintes autour de la maitresse qu’elle lui invente des bribes de vie…Cette catastrophe la renvoie à ses propres blessures scolaires et à ses échecs, sa vie ratée, sa solitude. En proie à une logorrhée, elle perd nombre de ses repères. Elle ne parvient plus à travailler correctement et nous brode le mode d’emploi hors norme d’un four. La narration s’organise alors sur le mode du montage alterné. A chaque chapitre consacré à la colère angoissée de la mère, succède un délire des plus énigmatiques sur ce four. Faut-il y lire une métaphore de son existence mécanique? le réceptacle des clefs de lecture? On a surtout envie de lui flanquer la tête dedans dans l’espoir de ne plus l’entendre.

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