Atelier de Leil (12): Une histoire de buissons…


Après quelques mois de pause, je retrouve, ENFIN,  le chemin de l’atelier d’écriture de Leil du blog Bricabook.

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Je vous en rappelle les principes: Chaque semaine Leil nous propose une photographie sur laquelle chacun exerce librement sa plume.
Voici la photo de la semaine, signée une nouvelle fois de KOT (que j’adore!)

AtelierLeil12

Histoire de buissons
Pas une âme qui vive, juste quelques fausses ombres tagguées sur un mur. C’est comme dans l’un de ces films catastrophe américains, quand un pauvre type s’aperçoit qu’il est le seul survivant d’une attaque atomique. Il est tôt. Très tôt. Il se demande s’il a déjà vu la ville à cette heure-ci. Le soleil se lève à peine et les grandes tours d’en face sont à peine perceptibles. Le tango des voitures n’a pas encore commencé. Il sait bien qu’on parle de valse d’habitude, mais il préfère les danses argentines et le bandonéon de son père. La mère de Momo dort sans doute encore puisque ses cris qui harcèlent la famille à longueur de journée ne s’échappent pas encore des fenêtres. C’est pour cela qu’il aime l’école Momo…parce qu’il n’entend plus sa mère. Lui, il court tout seul. Il ne sait pas où. Il court sans rythme puisque les klaxons stridents de la cité ne lui donnent pas le tempo. Il s’est glissé dehors discrètement. Pour éviter de faire trop de bruit et de perdre un temps précieux il a enfilé sur son pyjama le jean et la chemise qu’il avait cachés sous son oreiller. Du coup, il se sent un peu à l’étroit. Il a enjambé la balustrade de sa fenêtre, ses chaussures à la main. C’était plus sûr! Il s’est dit que c’était cool de vivre au rez de chaussée. Il n’est pas passé par la case cuisine. Il le regrette bien. Il aurait du prévoir des BN…ceux que sa mère lui achète pour le goûter… avec des emballages individuels spécial fraîcheur. Il savait que s’il y mettait un pied Belphégor miaulerait. Maintenant il a un petit creux, c’est malin! Mais ce n’est rien à côté de l’angoisse géante qui le tient…un abîme de terreur. C’est le seul mot qu’il a retenu du dernier cours de géo. Et si on le rattrapait? Et s’il se faisait prendre? Et si sa mère envoyait la police à ses trousses? Ne pas y penser! Avancer. Oser. Courir encore. Trouver un endroit discret, une cachette, une planque pour y passer la journée, et plus peut-être. Oui, mais après???
Il se souvient d’une cabane, genre abri de jardinier désaffecté, dans le parc d’à côté. L’avantage c’est qu’on peut y observer les cygnes du lac…et les balançoires aussi. Enfin, le temps lui paraitra peut-être long. Les balançoires, ont est surtout bien dessus. Et puis avec deux euros en poche et un vieux malabar qui avait du connaître la dernière lessive, il allait finir par claquer des dents.
Ralentissant un peu la cadence, il pense aux autres; à Momo qui jouera aux billes avec Paul pendant la récré; à Léo qui profitera de son absence pour s’asseoir à côté d’Anna…son Anna. Il songe aussi au sourire d’Anna qui allait lui manquait; à la cloche de l’église qui remplacerait la sonnerie de l’école; à sa BD qu’il avait hélas oubliée dans son casier et qui lui serait bien utile. Forcément, il pense aussi à Mme Lanfert. Ben oui, l’école ce n’est pas que des récréations! Il faut compter avec les cours, les exercices et les cartes de géo…Si seulement il l’avait faite, cette foutue carte, il ne serait pas là à courir à l’aube comme un dératé par peur des représailles. Anna aurait pu lui sourire encore…
Assis au pied d’un saule qui le dissimule au fond du parc il se dit qu’il a fait l’école buissonnière. C’est débile comme expression, qui peut bien compter sur un buisson pour passer inaperçu???Momo lui avait raconté que c’était cela la vraie liberté…échapper à l’école pour faire ce que l’on voulait. Lui, il se sent quand même un peu prisonnier des branches autour de lui. Il sent que les minutes vont paraitre des heures. Le temps passe encore plus lentement qu’en maths…et la peur est plus grande…
Il est juste 6h 47 mn et 39 secondes à sa montre. Même les cygnes sommeillent encore. Il n’est qu’à 10 minutes de chez lui. En se dépêchant un peu, il peut être de retour avant que le réveil de sa mère ne sonne. En se pressant, il pourrait se faire griller des tartines, enfiler le tee-shirt préféré d’Anna. Et même, en se grouillant franchement, il pourrait peut-être la dessiner cette carte de France. Oui, c’est certain, il pourrait …Et s’il rentrait?

17 commentaires

  1. Bravo! L’angoisse de momo est bien transcrite! Et la chute avec son heure est croustillante! Un plaisir à lire!

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