discussion « Le Petit Chaperon Rouge », Joel Pommerat, Babel, 2005


pommeratLe processus de création du dramaturge contemporain, Joel Pommerat, a la particularité de partir de la scène et non du texte. L’écriture s’élabore au fil des répétitions.
« Le texte c’est la trace que laisse le spectacle sur du papier ».
Ceci explique peut-être pourquoi cette lecture m’a laissée de marbre. Loin d’être conquise, je suis restée comme à l’extérieur de cette réécriture, sans doute parce qu’il me manquait la scène pour me laisser gagner par la magie du conte revisité.
Le théâtre de Pommerat s’intéresse régulièrement aux contes. Il a ainsi redonné vie à Pinocchio et à Cendrillon. Dans « Le Petit Chaperon Rouge » il nous propose une réécriture de Perrault orchestrée autour d’une transposition générique et d’une modernisation des ingrédients du conte. Ainsi la petite fille s’ennuie parce que sa mère, qui l ‘élève seule, manque de temps pour jouer avec elle, même quand elle lui en offre. Elle n’a pas non plus l’autorisation de sortir seule. Dehors les dangers sont grands et multiples. Pourtant, l’enfant ne partage pas les peurs maternelles; très jeune déjà, elle aimait quand sa mère jouait à lui faire monstrueusement peur. Le monstre, qui finissait toujours par la manger, se confondait alors dans son imaginaire avec une mère aimante et disponible, tandis que la peur et la dévoration se fondaient dans l’affection et le désir. Difficile donc de prendre au sérieux les angoisses et les alertes des adultes.
Contrairement aux versions antérieures, c’est la fillette, généralement recluse, qui se bat pour quitter l’abri, la maison-refuge. Elle veut traverser le bois et rendre visite à sa vieille grand-mère maternelle, qui habite loin. Seule , cette dernière s’ennuie aussi. Pommerat pose en effet la question des liens entre les générations dans nos sociétés modernes, de la transmission intergénérationnelle sans laquelle il est impossible de devenir soi
« Souvent le petite fille restait chez elle
dans sa maison
une très petite maison ».
Comme sortir c’est grandir un peu, elle doit tout d’abord répondre au défi culinaire lancé par sa mère:
« fais donc à ta grand-mère un gâteau un tarte ou même un flan et quand tu l’auras fini et s’il est vraiment bien réussi je te laisserai partir toute seule chez elle. »
En chemin, elle joue avec son ombre avant de croiser le loup et d’oublier qu’il peut-être affamé. Fière d’avoir su dompter ses peurs éventuelles, elle traîne, se divertit et croit à son amitié avec l’animal. Bref, elle s’en laisse conter!
Le personnage de « L’homme qui raconte » pose à intervalles réguliers les grands jalons du conte et cet enchevêtrement du récit et du théâtre ne m’a pas convaincue. Le style s’efforce de créer une certaine poésie, s’appuyant notamment sur de nombreuses anaphores censées rappeler le monde de l’enfance et l’oralité des contes, qui peuvent lasser à l’écrit. A cela s’ajoute des effets dramatiques et scéniques proches du fondu au noir qui prennent sans aucun doute une autre dimension sur scène.

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