discussion « La promenade des Russes », Véronique Olmi, 2008


« La promenade des Russes », Véronique Olmy, Grasset, 2008 promenaderusse

Sonia, alias Sonietchka pour son aïeule, vit dans un quartier de Nice avec Babouchka, sa grand-mère. Du haut de ses 13 ans, elle observe le monde des adultes d’un regard critique et interrogateur, parfois circonspect. Il faut dire que la vie ne la gâte pas vraiment, entre son père oublieux et sa mère irresponsable qui n’aspire qu’à vivre la sienne, loin de ses responsabilités.
Babouchka, Macha Sergueievna, est un poème à elle-toute seule, l’un de ces personnages de la littérature russe, entre excès et humanité fragile. Alors qu’elle entretient avec ses amies le souvenir de la grande Russie et des frayeurs imputables à la révolution bolchévique, elle écrit aussi aux présidents pour exprimer ses révoltes. A celui de la République. A celui de l’ORTF. A celui du magazine Historia, qui n’a rien compris à l’énigme de l’assassinat des Romanov. Elle vit dans la crainte des rapts, des crimes, mais elle craint aussi les policiers parce qu’ils n’aiment pas les accents.
Malgré les décennies qui se sont écoulées depuis son arrivée en France, elle se sent toujours en exil et reste bien slave dans l’âme, au grand désespoir de sa fille , Olga, qui aspire presque désespérément à n’être que française. Elle ne parvient pas à oublier les traumatismes et n’a pas encore pu faire acte de résilience.
« Elle est trop grande avec trop de souvenirs pour marcher au même rythme que les autres », « elle s’emballe ».
A peine adolescente, Sonia est bien loin de ce dilemme. Elle, elle aime les romans d’Emily Bronté et de Daphné du Maurier, les disques de Michel Delpech et les photos de Piccoli et Romy Schneider. Parfois, elle parvient à lire de vieux magazines ELLE glanés dans des endroits improbables avec sa copine Suzanne. Elle aimerait bien aussi pourvoir s’échapper, s’évader au bord de la plage et déambuler sur la Promenade des Anglais, histoire de s’affranchir des angoisses familiales. Si le récit s’intéresse aux conflits générationnels, il témoigne aussi de la façon dont l’histoire peut influer étrangement sur les gênes et les comportements.
« J’avais comme elle et sa fille une petite machine à angoisse plantée au fond du bide »  « J’étais à contre courant, jamais dans le même sens que les autres ».
Elle aimerait bien mener la même vie que ses camarades, dans un univers moins étriqué. Elle voudrait que les journées échappent aux peurs et aux heures anciennes inlassablement ressassées. Elle aurait aimé les teinter d’un peu d’affection aussi, mais elle se fait une raison, entre son père qui « aurait aimé (l)’aimer » et sa mère qui lui a volé son premier mot, « papamaman ». Il est des événements qui vous précipitent dans le monde des adultes, qui vous privent d’enfance et vous éjectent dans un temps qui n’est pas encore le vôtre, pourtant. C’est ainsi que Sonia tourne le dos à son enfance.
L’écriture heurtée de Véronique Olmy est à l’image de l’existence de ces 3 femmes, entrelacs de rêves, de déchirements, d’arrachements et d’abandons. Elle en épouse les cahots pour nous entretenir du poids de l’histoire, de la transmission, du déracinement et de l’intégration. A travers sa narratrice, Sonia, le récit retrace aussi une quête de soi où l’émotion alterne avec un humour plaisant, comme si savoir rire de soi et des siens constituait une étape obligée dans la véritable découverte de notre être.
« J’ai pensé aux fourmis qui peuvent porter jusqu’à dix fois leur poids, et je me suis demandé combien de chagrins un homme pouvait porter avant de tomber. »

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