discussion « Deux jeunes artistes au chômage », Cyrille Martinez, 2011


 qui vive 12000 et 3.inddVous avez dit art???!!!!!

Que répondriez-vous si l’on vous demandait de définir cette notion? Qu’est-ce que l’art? Le Beau, le bon, l’embellissement du monde ou son travestissement?
Une notion relative en tout cas, complexe aussi.
Cyrille Martinez nous en propose une vision pour le moins caustique dans ce court roman publié chez Buchet-Chastel en 2011, collection Qui vive.

L’histoire se présente d’abord comme une contre-utopie, la ville de New York New York. Le redoublement du nom opère comme un miroir déformant, parfois cynique. Il semblerait que vivre à New-York New York constitue un sérieux atout pour se faire un nom dans la littérature, peut-être parce que le toponyme lui-même s’accorde à merveille à n’importe quelle langue. C’est aussi la première cité à avoir proposé un Quartier des écrivains.
« on vit peu à peu se constituer de petites niches, çà et là, des niches d’écrivains disséminées sur un territoire mixte, moments romanesques et fulgurances poétiques intercalés entre des zones de désert littéraire. »
C’est un quartier doté de ses règles propres, des règles d’exception qui privilégient les écrivains aux dépens des profanes, ce qui ne fut pas sans générer de surprenants flux migratoires. Dans ce monde là les poètes ont toutefois bien du mal à se faire une place parmi les romanciers, au point qu’ils se voient plus ou moins insidieusement exclus de la cité. Mais pouvait-on pour autant envisager la création d’un quartier, d’un ghetto poétique?
« A New York New York, on avait suffisamment de poètes morts pour ne pas s’emmerder avec les quelques poètes vivants. »
« Mieux valait mourir en poète, que vivre en écrivain à moins de 2000 exemplaires ».
Le roman règne donc en maître puisque la loi de l’offre et de la demande, les lois du marché régissent le monde de l’écriture. Le genre est si lucratif, que les romanciers pullulent et que l’on connait une véritable crise du logement.
C’est dans ce cadre contre-utopique hilarant et réussi que migrèrent les parents de John et Andy. Après une cérémonie d’accueil des plus protocolaires et des plus ridicules, ils se plongèrent vite dans la vie autarcique du lieu où naquirent John et Andy, futurs artistes au chômage et accessoirement amants diaboliques.
Le ton du roman se fait plus loufoque, l’écriture plus vulgaire. Réincarnation de Warhol avec sa perruque latine, Andy s’est vu licencier après son invention de la machine à laver à programme inversé capable de salir le linge. John, lui, a tenté de percer dans le monde de la finance, l’esprit plus accaparé par les attraits de son collègue que par ses obligations.
Une fois limogés pour incompatibilité de moeurs avec leur environnement professionnel ,ils hantent le milieu underground et vivent en communauté dans une sorte de loft d’artistes… enfin du moins se qualifient-ils ainsi. Alcool , drogues, sexes dominent leurs existences.
« Il faut se procurer de quoi se changer les idées en s’explosant la tête. »

Ce roman fantaisiste et acide s’impose comme une critique d’un certain art contemporain, par trop mercantile qui se réduit à une fumisterie sans nom.
« Andy vend tout ce qu’il pense. Andy vend tout ce qu’il touche. Andy vend tout ce qu’il signe. » , y compris l’immobilité cinématographique d’un Dormeur!
« Andy propose de l’art sur plan et de l’art sur mesure »

L’idée est bonne, mais je n’adhère pas à cette plume trop crue. Il s’agit de provoquer, de jouer les iconoclastes, mais cela ne justifie pas tout.

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