discussion « Les jours Kaya », Carl de Souza, Ed° de L’Olivier, 2000


jourkaya

La frêle Santee vit aux côtés de Ma, sa mère et de son frère Ramesh, surnommé Ram. Ils partagent une case peu confortable dans un village hindou de l’Ile Maurice, non loin de Rosehill. Santee incarne la sagesse et le dévouement à sa mère, la bonne fille, tandis que Ram s’autorise nombre de libertés et de facéties.
Un jour de février 1999, alors qu’elle est chargée d’aller le retrouver à l’école, Ram manque à l’appel. Elle entame ainsi une longue quête, qui prend des allures de parcours initiatique, à travers la ville dans laquelle règne un climat presque délétère. Elle erre au fil des ruelles, là où circulent les joints et les bouteilles de bière. Elle avance comme si « elle avait la nuit aux trousses » et multiplie les rencontres improbables. C’est une nuit d’émeutes et de pillages. La rumeur selon laquelle un chanteur rasta, arrêté pour avoir fumé un joint en public, serait mort durant sa garde à vue, se répand, générant dans son sillage un vent de violence. Les rivalités ethniques, généralement contenues, explosent au grand jour, et la part d’inhumanité que chacun porte en lui tend à se révéler au grand jour.
« T’as pas compris que les Créoles ils sont bons qu’à foutre la merde? »
C’est fout un monde underground , borderline, qu’elle découvre, elle qui vivait jusque là retranchée dans les jupes de sa mère. C’est aussi des interrogations sur le sexe et l’amour. Un appel à une liberté qu’elle n’imaginait pas. La quête du frère devient quête d’elle même, sous l’influence de Ronaldo Milanac… Santee se prend à rêver d’autre chose et elle s’imagine symboliquement en princesse Shakuntala, dédoublement nécessaire à sa mue.
« Santee comprenait qu’elle avait pris pied dans le monde de Ram et qu’il serait difficile de l’y retrouver », mais la reconnaitra-t-on, elle, après cette odyssée?
« c’était des jours nouveaux où tout pouvait arriver ».

L’écriture heurtée de Carl De Souza épouse au mieux les contours de cette ville en fou. Le rythme de la phrase suit les pas de Santee dans leurs tours et leurs détours, pour traduire au plus près ses émotions, ses regards fugitifs. L’errance n’est pas vaine, et j’aime!

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