« Le cinquième pouvoir », Bill Condon, 2013


« Le cinquième pouvoir », Bill Condon, 2013 Cinquiemepouvoir

Ce biopic, présenté en ouverture du Festival international du film de Toronto en 2013, s’intéresse sur le mode du thriller à l’aventure de Wikileaks et à la personnalité du très contesté Julian Assange, « the man who sold the World », qui vit comme un réfugié à l’ambassade de l’Equateur à Londres pour échapper à la demande d’extradition lancée par la justice suédoise. Bill Condon et son scénariste Josh Singer s’inspirent des ouvrages autobiographiques de Daniel Domscheit-Berg (dit Berg), son ancien comparse.
De structure circulaire, le film s’ouvre sur le plus grand pavé jeté dans la mare par Assange et relayé par les plus grands journaux comme le New York Times, The Guardian et Der Spiegel: une fuite à la maison blanche a permis la révélation de documents militaires très compromettants pour les USA. Une longue analepse retrace alors le parcours de cet informaticien et cybermilitant australien qui a fait trembler les plus grands de ce monde. L’ouverture particulièrement esthétique donne le ton du film. Le générique se déroule sur la thématique de l’écriture et mêle passé et présent grâce à des images d’archives significatives des plus grands moments d’information télévisuelle comme le Watergate. Le spectateur se voit ainsi projeté au coeur de ce qui semble être une salle de rédaction.
Assange est alors présenté comme un activiste contestataire, certains iront même jusqu’à évoquer le terrorisme. Ses révélations cherchent à percer le voile du secret, comme le suggère son slogan «  We help you safely get the truth out ».
C’est au congrès « Chaos communication » de Berlin, qu’il rencontre en live Daniel Berg et lui expose plus en détails ses façons de faire, du moins ce qu’il veut bien en révéler. Sans gêne, sans complexe et sans scrupule, il détourne une salle et expose comment le mathématicien qu’il est s’est intéressé à la façon dont certaines informations peuvent éclairer le monde et provoquer de grands changements. Avide de révolution, il a bien conscience qu’il faut initialement bouleverser le monde de l’information, trop soumis encore à la finance, à la politique et aux secrets d’Etat. Selon lui le sens moral,de ceux qu’il nomme les lanceurs d’alertes, les individus lambda ayant accès à des informations secrètes, peut faire tomber le plus répressif des régimes. Il voit là une nouvelle forme de justice sociale. Cultivé, il est toujours prompt à s’appuyer sur les propos des grands auteurs ou penseurs, comme autant d’arguments d’autorité: « Donner un masque à un homme, il vous dira la vérité », Oscar Wilde. Ici, bien sûr, la « mascarade » est informatique. Généreux et combattifs, les informateurs déposent fichiers et documents sur une plateforme du site WL dédiée à cet effet. Une cryptanalyse permet ensuite de préserver l’anonymat des sources et de cacher ces informations sensibles sous des tonnes de fausses données. Assange se fixe ensuite comme principe de les publier, après vérification, sans les modifier. Il s’en prend ainsi entre autre à la banque suisse Julius Baer, à la Scientologie et parvient à percer le firewall de la sécurité chinoise. Mais Assange est sur tous les fronts, internet lui confère quasiment le don d’ubiquité. Toujours dans un avion, il sillonne la planète et ses scandales. C’est totalement jouissif pour un homme à l’égo si démesuré qui tend à se prendre pour le roi du monde au fil des années. « On s’amuse à faire l’histoire avant de la lire ». Certains journaux le suivent et il gagne rapidement le soutien populaire. Il est aussi longtemps l’idole de Berg, n’en déplaise à Anke, la petite amie de ce dernier qui s’efforce pourtant de le mettre en garde. Ces rêveurs invétérés, qui pratiquent ce qu’ils qualifient de journalisme citoyen, parviennent en effet à faire trembler le monde avec pour seule arme un seul serveur caduque. Ils redéfinissent le droit du public à l’information et ils posent constamment les questions de la vérité et de la justice. Ils n’ont cependant pas les mêmes limites et leurs avis divergent lorsqu’il s’agit des dommages collatéraux possibles et des vies mises indirectement en danger. Leurs révélations multiples suscitent bien des colères et les Etats n’hésitent pas à mettre leurs espions sur le pied de guerre. Le film a ainsi des allures de thriller qui ne sont pas pour déplaire.
Les thématiques abordées sont d’actualité et nous amènent à réfléchir sur les pouvoirs et les limites des métiers de l’information. Plus encore, la personnalité d’Assange est captivante. Cet homme à l’enfance malmenée et marquée par son passage dans une secte répressive, s’impose au monde sans ambages. Seuls comptent l’objectif qu’il s’est fixé et sa petite personne. Il a perdu tout sens des convenances. S’assuyant les mains sur son jean et décapsulant les bières à pleines dents il est sans mesure et peut débarquer chez Berg à toute heure. Aveuglé par son sacerdoce et avide de gloire et de reconnaissance, manipulateur, Il n’a aucune considération pour la vie des autres et peut se montrer goujat. Anke n’a pas tort lorsqu’elle le compare à un savant fou qui aurait besoin d’un guide.
J’ai vraiment apprécié ce film mal accueilli par pas mal de critiques. La photo de Tobias A.Schliessler est superbe et magnifiquement soutenue par les décors de Marc Tidesley et les effets spéciaux de d’Arcadia SFX. L’incroyable musique de Burwell renchérit le rythme assez trépidant et constitue un véritable plaisir pour les oreilles. Quant au casting, il est parfois. La présence à l’écran de Benedict Cumberbatch, alias Assange, m’a totalement subjuguée, mais Daniel Bruhl est parfait dans le rôle de Berg.

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