discussion Quand la magie de Broadway s’invite à Paris


« La Belle et la Bête » à Mogador Affichela-belle-et-la-bete-01-big
C’est de belle manière que j’ai inauguré mon séjour parisien cet été. En jonglant un peu avec mon calendrier et mes différents déplacements j’ai pu assister à la dernière de la Belle et la Bête. Après 13 ans de succès à Broadway et à travers 21 pays (soit plus de 35 millions de spectateurs), c’est au théâtre Mogador que s’est invitée la reprise française. Nicolas Nebot, Ludovic-Alexandre Vidal et Claude Regal-Ansous ont assuré l’adaptation française et la reprise du livret et des différentes chansons créées par Alan Menken et Howard Ashan qui furent récompensées en leur temps par deux oscars. A cela s’ajoute quelques chansons inédites.
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Le spectacle prête donc vie au conte écrit par Jeanne-Marie Leprince de Beaumont en 1757, sans doute l’une des plus belles histoires d’amour du patrimoine mondial, mais aussi une jolie variation sur la dialectique de l’être et du paraître et sur les pouvoirs de la littérature. C’est en effet la bibliothèque que la Bête lui offre qui amène la Belle à changer résolument son regard sur la créature.
Mais quid de l’intrigue ? Belle, une jolie jeune fille, romantique et férue de littérature, refuse les avances de Gaston, rustre don juan de province qui ne recule devant rien pour tenter de la posséder. Enfant modèle, elle décide de voler au secours de son père, avatar de savant fou, retenu prisonnier par la Bête, un prince irascible et égoïste condamné à la laideur et à la méchanceté. Une fée ulcérée lui a en effet jeté un mauvais sort auquel il ne pourra échapper qu’en rencontrant un amour véritable. Pour épargner son père, Belle n’hésite pas à offrir sa liberté à cette Bête qui suscite méfiance et répulsion. Sensible et intelligente, elle sait toutefois découvrir l’âme sensible et aimable qui se cache sous ce masque hideux.
Un tel spectacle était une première pour moi. C’est toujours un plaisir de prendre place dans ces vieux théâtres au décorum plus ou moins pompeux, mais je m’étais cantonnée à des pièces ou à des opéras, simplement parce que l’occasion de la comédie musicale ne s’était pas présentée. Je le regrette amèrement aujourd’hui tant j’ai été subjuguée. Ce spectacle s’inscrit dans toute une tradition artistique qui confine au mythe littéraire et s’offre comme une réécriture particulièrement jouissive du texte de Mme de Beaumont, même si, à mon sens, certaines répliques passent assez mal en chanson. Adapté du film d’animation produit par les Studios Disney, il s’ouvre sur un clin d’œil au film de Demy puisque la voix de Catherine Deneuve accompagne l’entrée du public dans ce monde féérique. On garde également en mémoire, l’adaptation magistrale de Cocteau en 1946. La mise en scène, assurée par Glenn Casale, nous entraine aussitôt dans une magie aux charmes multiples. 35 artistes rivalisent de leurs voix puissantes soutenues par un orchestre live irréprochable. Les artistes généreux s’engagent physiquement et mêlent leurs chants aux chorégraphies de John Macinnis vives et empreintes d’humour. Les deux héros, incarnés par Manon Tanis et Yoni Amar voient leurs propres prestations renchéries par leurs acolytes et par un ensemble remarquable. Les scènes de groupe, très rythmées suscitent l’adhésion immédiate de la salle. J’ai particulièrement apprécié les interventions d’Alexandre Faitrouni, alias le fou de Gaston, proches de l’univers clownesque. Mais mon véritable coup de cœur fut pour Dan Menasche et David Eguen, interprètes des personnages de Lumières et de Big Ben, transformés en objets à l’instar de tous les domestiques du château par la fée colérique. Les costumes de ces individus objets sont particulièrement réussis. Madame Samovar reconvertie en théière est un pur ravissement.
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Les moyens techniques mis en œuvre sont impressionnants et efficaces tandis que les lumières soutiennent à la perfection les décors et leurs nombreuses variations. On se sent immédiatement précipité dans l’univers du film, ce qui ne permet pas cependant d’oublier le relatif inconfort des fauteuils de Mogador. On peut regretter (très légèrement) ces décors trop inspirés de Disney ainsi qu’un humour quelquefois trop salace, mais l’ensemble reste un enchantement.

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