discussion « A défaut d’Amérique », Carole Zalberg, Actes Sud, 2012


« A défaut d’Amérique », Carole Zalberg, Actes Sud 2012 a-defaut-d-amerique-carole-zalberg

C’est embusquée derrière un bosquet que Suzan, avocate, ouvre la narration. Elle observe les proches d’Adèle la française le jour de ses funérailles.
« Voilà tout ce qu’il reste de l’arrogante : une poignée d’hommes et de femmes venus rendre un hommage hâtif et frigorifié à celle qui fut le grand amour secret de feu son père. »
Américaine, Suzan vit à Palm Beach où elle s’était installée pour accompagner les vieux jours de Stanley, son père. Ce dernier avait rencontré Adèle à Paris alors qu’il participait à la libération de la France durant la seconde guerre mondiale. Des décennies plus tard, à la mort de sa mère, Lisa, housewife parfaite, Suzan avait découvert l’existence de la française et s’était employée à la retrouver et à la convaincre de se rendre aux Etats Unis, une démarche qu’elle avait finalement amèrement regretté. « On devrait toujours laisser les souvenirs où ils sont. »
De son côté, Fleur, l’arrière petite fille d’Adèle, se tient parmi les proches frigorifiés dans les allées du cimetière. Carole Zalberg nous propose alors par l’entremise d’une narration alternée de découvrir qui fut cette Adèle et quel fut le destin de ces deux familles. Fleur et Suzan, que rien ne semblait réunir, partagent finalement la mémoire d’Adèle et ressuscitent chacune à sa façon le passé. Il s’agit de reconstituer le puzzle de leur famille et au delà celui de la diaspora juive d’une guerre à l’autre. A travers ses deux narratrices l’auteure traverse tout un pan de l’histoire mondiale du XX° et évoque par exemple le ghetto de Varsovie dans l’entre-deux-guerres ou le fameux rêve américain.
« Quand le sujet de la guerre venait sur le tapis, Stanley laissait toujours les moments de combat dans le flou. Il n’était pas de ces hommes qui s’en vantent comme d’une simple affaire de bravoure et de ténacité. Comme si dans les batailles rien en soi ne mourait. Stanley préférait éluder avec un petit geste de la main, toujours le même, qui pouvait passer pour de la modestie – Stanley avait été décoré – mais exprimait plutôt l’indicible. Sa conscience et son aveu. »
« C’est Stanley seul, en obéissant corps et âme à l’injonction américaine intimant de parvenir, qui a tourné cette page du Vieux Continent et des vies rampantes, apeurées. Stanley a entreprise et a transformé la boue en or. »
Le récit, sensible et sobre, varie donc les points de vue avec beaucoup de finesse. L’écriture de Carole Zalberg, précise et belle, nous embarque d’un bord à l’autre de l’Atlantique avec conviction et nous invite à participer à cette entreprise mémorielle. C’est aussi une histoire de femmes aux profils et aux destins contrastés. Au delà d’Adèle, on découvre Lisa et « le souvenir de ces quelques années où (elle) est passée de l’incandescence à la résignation », mais aussi Sophie, sa sœur, écrivain investie dans le destin de l’Afrique du Sud et la lutte contre l’Apartheid.
Ce roman est un petit bijou comme cette maison d’édition nous en offre régulièrement.

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