discussion Les secrets, de Raja Amari, 2010


Les secrets, de Raja Amari, 2010 les-secrets

Avec Les Secrets, c’est un huis clos vraiment déroutant que nous offre Raja Amari. Le récit s’ouvre sur les images d’une vaste maison plus ou moins délabrée et désertée, sise dans un coin reculé de la Tunisie. Aicha, superbement interprétée par Hafsia Herzi, y vit recluse avec sa sœur Radia (une Soundes Bel Hassen captivante) et leur mère (Wassila Dari). Cette demeure qui leur tient lieu de squat depuis des années, semble receler de sombres secrets de famille progressivement éclairés par la narration. Les 3 femmes vivent d’expédients et de petits boulots. Elles mènent une vie frustre et rude tandis qu’Aicha, la plus jeune, est attirée par tout ce qui relève de la modernité et de la féminité. Leur petite vie, passablement aliénée, se voit cependant perturbée par l’arrivée d’un jeune couple, Ali et Selma, symboles de la Tunisie moderne. Ali n’est pas un inconnu puisqu’il s’agit du fils des propriétaires pour lesquels la mère travailla jadis et Selma, étudiante, cristallise toutes les provocations et les espérances .
Condamnées désormais à une existence clandestine, les 3 femmes s’adonnent à un certain voyeurisme. Il s’agit pour elles de ne pas se faire repérer pour éviter d’être chassées, une situation qu’Aicha, véritablement fascinée par le jeune couple a bien du mal à comprendre. Raja Amari décline à la perfection les jeux d’ombres et de lumières pour suggérer les tensions, le poids des secrets mais aussi les rêves profonds des différents protagonistes. A travers le personnage d’Aicha et de son attrait pour un escarpin rouge, la réalisatrice nous propose une réécriture tragique et violente de Cendrillon mais aussi un terrible questionnement sur les non-dits, le mensonge et le secret. Enfermement et aliénation sont au rendez vous et prennent le spectateur à la gorge. Les frustrations d’Aicha orchestrent une tension dramatique inouïe, soutenue par la photographie de Renato Berta et sa recherche d’émancipation progressive nous conduit à la limite du fantastique et de la folie.

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