discussion Atelier de Leil (10) : Libération


Après quelques semaines de pause, je retrouve le chemin de l’atelier d’écriture de Leil du blog Bricabook.
Je vous en rappelle les principes: Chaque semaine Leil nous propose une photographie sur laquelle chacun exerce librement sa plume.
Voici la photo de la semaine

AtelierLeil11

Et voici ma participation

Libération

Arthur respirait intensément, s’imprégnant de l’instant. Chaque inspiration avait le goût étrange de sa liberté. Il renouait avec la moindre de ses cellules et se recomposait seconde par seconde. Cette journée estivale au seuil de juillet marquait tout à la fois un début et une fin. Il se déliait du passé. S’ouvrait à lui une vie sans entraves, enfin ! Celle qui l’avait jadis si bien menotté n’était plus. Il pourrait se consacrer à ses rêves plutôt que de s’efforcer de combler ceux d’Eléonore, insatiable et insatisfaite. Il s’envolerait pour le Yémen d’ici quelques jours…Allongé sur le deck, il se remémorait les pontons anciens entachés d’horreur. Les cris le sang, les images d’effroi s’estompaient pourtant peu à peu, cédant la place à des étendues désertiques, à des voyages à dos de chameau… des danseuses orientales excitaient tous ses sens…Le rythme de leurs mouvements occultaient le souvenir de ce crime infâme dont on l’avait accusé, de sa lutte infernale pour les persuader de son innocence. Il oublierait… il oubliait.
Enfin lavé de tout soupçon, il espérait désormais descendre des fleuves impassibles, profiter des plaisirs ensoleillés et de cette chaleur retrouvée. Après son séjour à Fleury, il se refaisait une santé. Il se prélassait sur les lieux de sa jeunesse, insoucieux de tous ces équipages dont il percevait les clameurs. Les clapotements tranquilles et les bruits des rames ne le perturbaient nullement. Rien ne pouvait le troubler après tout ce tapage médiatique qui avait entouré son nom…Son visage à la une des journaux, son patronyme roulé dans la boue sur les ondes…Faute d’avoir retrouvé l’arme du crime, le juge furieux avait dû classer l’affaire. Tout avait été affaire de patience.
Seul sur ce qui lui tenait lieu de péninsule, il songeait aux lendemains… aux rives qu’il voulait gagner. Après la tempête, il savourait cet éveil, plus léger qu’un bouchon. Victorieux, il éprouvait cette liberté reconquise, et surtout il en occultait le prix. Ses trois avocats, si faciles à convaincre et à corrompre lui avaient couté cher, mais il était riche, unique héritier de l’empire Weissman dont Eléonore était le dernier membre.
Apaisé et assuré il s’endormait presque, s’abandonnant à ses rêves les plus fous, lorsque le cri d’une mère affolée lui fit tourner la tête vers la gauche. Un garçonnet braquait vers sa sœur un objet familier, le colt rouge qu’il croyait à jamais enfoui sous les eaux calmes de ce lac.

19 commentaires

  1. Waou ! Je l’avais presque absout, cet homme (j’ai bien dit « presque…)… Jusqu’à la dernière phrase; le fait de se dire que ça pourrait arriver pour de bon a complètement changé la donne. Le risque de dommages collatéraux… Je ne sais pas comment l’exprimer, curieusement, mais ça laisse un sentiment de danger imminent insupportable.

    Aimé par 1 personne

  2. Bravo pour la chute ! Moi aussi je me suis laissée complètement endormir voire manipuler. L’histoire a suffisament de force pour être étoffée et devenir une nouvelle.

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  3. Wahoo, ta chute est géniale et remet tout en question !!! voilà du grand art !
    A bientôt
    PS : j’adore le commentaire de ta fille

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  4. Après son séjour à Fleury, il se refaisait une santé.
    La chute laisse présager qu’au lieu de se la refaire il pourrait s’y retrouver…
    à la Santé.
    Un admirateur convaincu de ton talent
    .

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