discussion « L’homme de l’année, 1917 » Duval, Pécau et Mr Fab


« L’homme de l’année- 1917, Le soldat inconnu » de Duval, Pécau et Mr Fab, Delcourt, 2013 album-soldat-inconnu-big

J’ai découvert cet album dans le cadre du challenge « Une année en 14 » lancé par Stéphie du blog Mille et une frasques.
Le concept de cette série est simple : Duval, Pécau et Mr Fab remontent le temps en s’intéressant aux anonymes qui ont marqué notre histoire collective.
Le scénario est signé de Duval et Pécau tandis que les dessins et la couleur sont l’œuvre de Mr Fab

En novembre 1920, le soldat Auguste Thin, désigné pour choisir le cercueil du soldat inconnu qui sera transféré à Paris, se rend à Verdun en compagnie de Maginot. Mais sur quel critère va-t-il pouvoir fonder son choix ? Le hasard ? Ce soldat sera-t-il bien inconnu et anonyme ? On a théoriquement pris soin de choisir des dépouilles françaises de souche, histoire d’honorer un soldat digne de ce nom…Quelques jours plus tard, la sépulture trouve sa place sous l’Arc de Triomphe, sous les acclamations militaires et les commentaires des badauds. Chacun cherche à comprendre ce que l’Etat français entend par l’expression « déshérité de la mort ». Les couleurs sombres traduisent la solennité et la gravité du moment.
Le scénario nous propose alors une longue analepse afin de rapporter comment des africains ouvriers agricoles dans les plantations agricoles ont fini sur les champs de bataille ardennais.
« Nous aurions dû comprendre que les histoires des Blancs étaient désormais les nôtres… »
Le récit s’appuie sur les aventures de « Boubacar N’Dore, du pays Malinké en Côte d’Ivoire » et de Joseph, le fils de son maître. Il aborde sans concession les contraintes morales et physiques exercées sur ces indigènes pour assurer leur conversion militaire. La France a besoin de combattants patriotes ! Ils sont d’abord conduits à lutter contre les leurs, leurs congénères rebelles, en territoire africain.
« Nous apportions la civilisation à nos frères noirs, mais pour commencer nous devions en tuer une bonne partie. »
En 14, nous retrouvons les deux hommes dans le désert, lors de la campagne du Maroc. Une complicité croissante lie désormais Joseph et Boubacar, promu lieutenant. Leur amitié leur permet notamment de faire front au racisme du colonel De Forest qui ne voit dans les « tirailleurs », dans « la Force Noire », que des « singes à chéchias », incapables de se battre et qui vont « monter au front remplacer d’autres morts-vivants ».
Boubacar découvre donc la France à travers les tranchées des Ardennes, aux côtés de Joseph. Si les conditions de vie sont inhumaines pour tous, elles le sont davantage encore pour ces Africains qui résistent mal aux épidémies, au froid, et à la neige. Mais cela n’empêche pas notre héros ivoirien de faire toujours preuve de courage, d’héroïsme et surtout d’humanité. Il est toujours prêt à sauver les autres au péril de sa propre vie.
Aussi Joseph est-il particulièrement amer lorsqu’il constate, dans les mois qui suivent l’armistice, que la France occulte totalement les efforts de guerre fournis par ces indigènes. Le voilà animé d’un fort désir de réparation…
Le scénario m’a totalement convaincue. Certaines batailles importantes comme celle de Nivelle ou du Chemin des Dames sont bien restituées et se mêlent fort bien à la fiction. Duval et Pécau exploitent certes les données historiques mais nous content aussi une histoire pleine d’émotion, d’humanité et d’humour. L’effet de chute ménagé par la dernière planche est jubilatoire.
Le dessin est précis mais peut-être un peu classique. J’ai trouvé les couleurs un peu trop sombres même si cela se justifie par le sujet. Elles dominent l’album, excepté lors des incursions africaines, et disent à la fois la violence de ces heures sombres et la tragédie humaine que fut cette Grande Guerre. Mais elles soulignent également comment ceux qu’on désigna par l’hyperonyme « Sénégalais » se fondirent parfaitement dans les rangs des soldats français.
« Joseph le Blanc égoïste […] partageait désormais les mêmes peines que moi dans la boue et le sang. »
Outre les horreurs de la Grande Guerre, Duval et Pécau portent donc un regard critique sur la colonisation, ses excès et ses oublis.

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