discussion « Groenland Manhattan », Chloé Cruchaudet, Delcourt 2008


« Groenland Manhattan » de Chloé Cruchaudet, Delcourt 2008 GroenlandManhattan_10032008_191415

Pour son premier album individuel Chloé Cruchaudet s’intéresse aux Inuits à travers le personnage du jeune Minik. Le scénario s’inspire librement de faits réels qui prennent place entre le Groenland et les Etats Unis à la fin du XIX°, comme en témoignent les documents d’époque proposés en fin d’album. Chloé Cruchaudet s’est assuré le soutien de Delphine Dedoget ; réalisatrice d’un documentaire intitulé « Qui se souvient de Minik ? »
Le récit s’ouvre sur les paysages polaires du Groenland en 1897…une étendue de glace qui suscite bien des défis. Le commandant Robert Peary, un aventurier américain, n’a de cesse de vouloir planter le drapeau américain au Pôle Nord. Jusque là ses tentatives se sont révélées infructueuses et sa frustration est grande. Il lui faut rentrer avant l’arrivée de l’hiver et encore une fois, il doit se contenter de hisser à son bord, avec l’aide de nombreux marins et autres esquimaux, une énorme météorite.
Peary, surnommé Puili par les Inuits, apparaît comme un original animé d’une idée fixe au risque d’en perdre les orteils. Ce vieux blanc, même pas intéressé par les baleines, demeure une énigme pour eux, mais ils lui accordent une certaine confiance, même lorsqu’il propose à certains d’entre eux de le suivre à New-York.
Chloé Cruchaudet nous offre alors une belle variation sur la question de l’altérité. Les Inuits, « ce peuple de grands enfants », s’ébahissent devant une boîte de soupe Campbell, une chevelure ou une barbe rousse, un bâton de sucre d’orge ou une baignoire, tandis qu’on les exhibe et qu’on moule leurs visages. Ils s’étonnent et ils étonnent dans les différentes conférences dans lesquelles ils font figure de bêtes de foire.
« C’est un peu comme si on avait sous les yeux des hommes de l’âge de pierre »
« Quelle est la valeur de ces gens pour le monde ? ».
Mais Peary se lasse vite et les confie à son ami Wallace tandis qu’une épidémie sévit. Ses préoccupations sont ailleurs : il multiplie déplacements, conférences et gesticulations afin de réunir les fonds nécessaires à sa prochaine expédition.
Le dessin de Chloé Cruchaudet est toujours aussi superbe et sensible : un vrai plaisir des yeux. Le scénario est convaincant et mêle adroitement fiction et documents d’époque. Il aborde avec intelligence les problèmes liés à l’altérité mais aussi la question du déracinement.

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