discussion Atelier de Leil (9) Le goût doux-amer de la Côte de Nacre


C’est lundi, le rendez vous de l’atelier d’écriture de Leiloona, du blog Bricabook

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chaque semaine, Leil nous propose une photo, prétexte à un texte écrit en toute liberté.
Cette semaine, c’est une photo de Kot
leil8

Voici donc ma participation.

Le goût amer de la Côte de Nacre

Difficile acquisition que celle de l’autonomie. Les poches pleines de malabars, de carambars et autres douceurs à partager avec les copains, on en rêve. On se croit impatient de lâcher la main, d’en découdre avec le monde. On aspire à jouer les grands, à conquérir de vastes espaces ; à faire ce que l’on veut à l’abri des regards parentaux, certes bienveillants, mais forcément inquisiteurs. On n’a que ces phrases là à la bouche : « Ben moi quand je serai grande… », « mais moi d’abord, je suis grande… ». Et pourtant….
Je me souviens de ce premier grand départ comme d’une déchirure, que je crus d’abord fatale. Ce cliché me replonge dans ce jour de printemps lointain…je venais de fêter mes huit ans et j’accompagnais ma classe à Ouistreham. « Une classe verte ! » avait clamé la maîtresse d’un air satisfait que je lui reprochais. A l’instant précis j’étais plutôt blanche de trouille et rouge de colère. Les autres avaient déjà conquis le compartiment. Tout le répertoire y passait. « A la pêche aux moules, moules, moules… ». « A la claire fontaine… ». Mais je n’avais d’yeux que pour ce quai si gris et si triste de la gare Saint Lazare. Je ne voulais pas la voir leur Normandie ! Et puis je n’aimais pas les moules ! Eux, ils avaient déjà déballé leurs trésors. Les « bombecs » rivalisaient avec les Pepitos…impossible pour moi d’avaler quoi que ce soit avec cette angoisse au fond du ventre. J’avais déjà du mal à ravaler ma rage et mon désespoir. Les mains collées à cette paroi vitrée, je voulais toucher ma mère, au propre et au figuré…j’espérais que mes doigts lui diraient les mots que ma gorge retenait…que je l’aimais ; que je ne pouvais pas vivre sans elle ; que ces huit jours trop loin d’elle était une séparation insupportable. Les jours n’avaient pas de sens. Je ne comprenais plus le temps. Je n’étais pas sûre des lendemains, pas certaine de la retrouver. Je redoutais de la perdre, de me perdre…un égarement de plus en plus monstrueux accaparait mon âme d’enfant et tout mon être. Je me souvenais du Petit Poucet, d’Hansel et Gretel…ces enfants que l’on perd, exprès…
Son appareil photo me volait le visage de ma mère. Elle ne me voyait sans doute plus vraiment. Elle ne lisait pas ma terreur, ni mon amour. Je devinais qu’elle devisait gaiement avec mon père, coincé entre son portable et les Echos. Ils s’exaltaient peut-être à l’idée du plaisir qui m’attendait ; du bonheur qui illuminerait sans nul doute mes yeux de petite fille avide et curieuse de tout. Là, je voulais juste sonder leurs cœurs. Pourquoi m’abandonnaient-ils ainsi ? Quelle faute irréparable avais-je commis ? J’aurais du apprendre correctement ma table de 9, c’est sûr ! La prochaine fois, je ne laisserai pas traîner mon pyjama en boule sur le tapis du salon, promis. Je ne claquerai plus jamais la porte en hurlant que je suis grande ! Non ! Je veux rester petite, toute petite pour tenir dans la poche révolver de mon père ; me cacher dans les replis de l’étole de maman. Je hume son parfum, sur mon manteau. Je cherche en vain son regard et je hais son Canon. Je n’entends plus sa voix, juste les hurlements heureux d’une classe surexcitée et les cris rauques de la locomotive qui se met doucement en branle. Et tandis que le quai devient flou et que les visages s’amenuisent, je discerne enfin son petit geste de la main, ses bisous qui s’envolent vers ma panique, et sa tristesse aussi…Je lis combien c’est dur pour elles aussi, de lâcher leurs petits.
Mais ce que j’ignore encore, c’est que j’écrirai mes premiers poèmes, volontairement égarée dans les dunes de sable. Que Lucas, planqué derrière des cabines de plage délabrées, me tiendra la main tandis que nous admirerons le vol des mouettes au dessus des vagues, aussi fortes que nos premiers émois. Que j’échangerai là mon premier baiser d’amour. Que je deviendrai GRANDE…

 

15 commentaires

    • Merci Dan. Au départ la photo, que je trouvais sympa, me laissait un peu de marbre, et puis je me souvenu d’un horrible départ en classe de neige, l’année de mes 7 ans. Nous partions 3 semaines…c’est super long à cet âge… je me souvenu aussi des départs de mes filles…

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  1. Jolie note positive et optimiste à la fin de ce texte qui me parle beaucoup. Pas toujours facile, les départs, pour les uns comme pour les autres…

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  2. Ooooh c’est trop cute 🙂 Puis ça me rappelle des souvenirs, je ne faisais pas la fière non plus la première fois que je suis partie en voyage scolaire !

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  3. Enfin, je viens laisser un commentaire, il est temps!
    Je me retrouve bien dans certaines angoisses des départs que tu décris, mais on ne se rend jamais bien compte à quel point c’est rude aussi pour les parents.

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