discussion « Les cenci », Stendhal, 1839


Les Cenci de Stendhal, 1839 cenci

Stendhal ouvre ce court récit par une analyse du donjuanisme, lié par essence à la chrétienté et à l’hypocrisie du monde. Ses considérations s’accompagnent de propos assez sarcastiques sur l’Eglise.
« la seule chose nouvelle qui se soit introduite dans le monde à la suite des principes prêchés par Saint Paul, c’est un corps de prêtres absolument séparé du reste des citoyens et même ayant des intérêts opposés. »
Mais quelles sont donc les motivations du don juan ?
« Le don juan n’a jamais de plaisir par les sympathies, par les douces rêveries ou les illusions d’un cœur tendre. Il lui faut, avant tout, des plaisirs qui soient des triomphes, qui puissent être vus par les autres, qui ne puissent être niés ; il lui faut la liste déployée par l’insolent Leporello aux yeux de la triste Elvire »

Stendhal nous invite alors à en découvrir un spécimen « horrible », auquel il s’est intéressé après la découverte en Italie d’un portrait de Beatrix Cenci à la veille de son exécution et la lecture d’un récit dont il se présente comme le traducteur : « Histoire véritable de la mort de Jacques et Beatrix Cenci, et de Lucrèce Petroni Cenci, leur belle-mère, exécutés…. ». Cet exemplum miserabilis qui nous plonge dans une Rome renaissante tient de la chronique et flirte avec l’apologue.
A l’origine de la « glorieuse tragédie de Beatrix », son père, l’horrible François Cenci, riche héritier d’un ancien trésorier du pape Pie V. Cenci s’est rapidement construit une étonnante réputation en raison de ses « amours singuliers » et d’un penchant certain pour les « sensations nouvelles et inquiétantes ». Mais à Rome, notamment en ce XVI° siècle, c’est toujours un peu une question de point de vue puisque les valeurs morales connaissent de surprenantes variations selon le pape régnant. Veuf et père de 7 enfants pour lesquels il nourrit toujours « une haine excessive et contre nature, il épousa Lucrèce Petroni en seconde noce. C’est un homme hardi, qui n’a peur de rien, pas même de Dieu dont il ne fréquente pas les églises, et son goût pour la sodomie lui a valu quelques emprisonnements. « Son grand plaisir était surtout de braver ses ennemis ». Ce père est si infâme que ces enfants en appellent à plusieurs reprises au Pape. Aussi, pour se préserver d’éventuels coup bas de Beatrix, la plus jeune, décide-t-il de la séquestrer dans son château de Petrella. Le méchant homme glisse ainsi vers l’impiété la plus noire, l’infamie et la monstruosité. Ne trouvant aucun échappatoire, Beatrix et Lucrèce en sont réduites aux pires extrémités, aidées par Monsignor Guerra et Giacomo, le frère aîné de la jeune fille. Il y a de la conspiration dans l’air.
L’affaire secoue Rome et Beatrix cristallise toutes les passions : « Fallait-il que la justice humaine vînt augmenter l’infortune d’une créature si aimable, si digne de pitié et déjà si malheureuse ? ». Clément VIII tergiverse…
Stendhal nous conte ainsi une tragédie et l’histoire d’un martyr : « l’heure de notre passion approche. » Au delà, il nous livre un réquisitoire contre la papauté qui a laissé le monstre et œuvrer et qui s’évertue à lui rendre justice. Qu’est-ce qu’une religion qui défend ainsi le mal et condamné une vertu contrainte un jour de se rebeller.

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