« Le pantalon » d’Yves Boisset, 1997


Voici un film, ou plus exactement un long téléfilm visionné dans le cadre du challenge de Stéphie, du blog Mille et une frasques, « une année en 14 ».
Inspiré d’Alain Scoff, il est signé d’Yves Boisset, qu’on ne présente plus.

affiche-Le-Pantalon-1997-1

Le film s’ouvre sur des images du front. Des trous d’obus gros comme des cratères, des cadavres visités par les rats. Tout un spectacle de désolation sur fond de musique grave. L’aumônier des tranchées tente d’entretenir l’âme et le moral des soldats qui pestent contre la hiérarchie, l’absence de casques dignes de ce nom, les décisions arbitraires et stupides. C’est tout un contraste avec le défilé de mode militaire durant lequel on ergote sur les couleurs salissantes ou non des tenues du paquetage, ou des soirées mondaines chez le général.
Le jeune Lucien Bersot, incarné par Wadeck Stanzack fait partie de la nouvelle vague de mobilisation, mais comme le disent les gendarmes, « Ca va pas durer cette histoire! ». Il quitte femme, fillette et père pour rejoindre le front. Le hic, c’est que le fourrier n’a plus de pantalon à sa taille. Le sien sera donc blanc et surtout cousu dans un tissu bien plus léger et peu adapté à ses nouvelles conditions de vie.
Mais tandis que les hommes meurent dans les tranchées, les décisions de l’Etat Major semblent incertaines, hasardeuses et dangereusement improvisées.
« L’objectif c’est la côté 165! ».
L’offensive est un fiasco dans lequel la hiérarchie s’enferre. Les esprits s’échauffent mais le courage demeure. La 8 ème compagnie devient pour le commandement « un régiment de fortes têtes » que le lieutenant André va devoir mater. « Ce n’est pas un comique ». La preuve, Lucien risque de payer bien cher son refus de porter le pantalon en loques d’un mort.
Le scénario tient de la tragédie. Lucien se voit en effet confronté à cette force invincible qu’est le commandement militaire. Le colonel Auroux, interprété par un Bernard-Pierre Pierre Donnadieu impressionnant, se prend pour Dieu et agit au mépris des lois et de l’intelligence. C’est toujours « une question de principes ». Jean-Paul Comart, alias le lieutenant André se glisse parfaitement dans la peau du sbire avide de gloire et de pouvoir. La photographie nous plonge dans cette ambiance guerrière avec un certain esthétisme.
Le propos, assez subversif par son sujet même, est un réquisitoire contre la politique de propagande et surtout contre ce commandement qui se trompait d’ennemi avec la plus grande mauvaise foi. La boucherie héroique voltairienne prend vraiment tout son sens ici.

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