discussion « Et maintenant on va où? » de Nadine Labaki, 2011


« Et maintenant on va où ? » de Nadine Labaki, 2011 Etmaintenant

Séduite par Caramel, je me suis plongée avec délice dans un autre film de la jeune réalisatrice libanaise Nadine Labaki, « Et maintenant on va où ? », sorti en 2011.
Ce film, qui tient de l’apologue, retrace la vie d’un hameau libanais cerné par les mines, isolé entre deux guerres, entre deux clans qui s’affrontent parfois sans merci au nom d’une croix ou d’un croissant.
L’ouverture, particulièrement poétique, offre au regard le spectacle d’un chœur de femmes qui n’est pas sans rappeler la tragédie grecque. La chorégraphie de ces femmes qui vont honorer leurs morts, empreinte d’une touche humoristique, annonce d’emblée la qualité esthétique du film. La musique de Khaled Mouzamar et la photo de Christophe Offenstein opèrent comme une magie dont on ne peut se défaire avant le clap de fin. Nadine Labaki cultive aussi le mélange des genres et des registres dès les premières minutes. Les scènes multiplient les contrastes, les détails hétéroclites qui rythment la vie de ce « village à la con ». La drôlerie, la cocasserie même, se tissent adroitement à la douleur, aux difficultés pour dénoncer l’absurdité de ces conflits et rendre hommage à ces femmes. La plongée dans le quotidien de ce village libanais, comme égaré en terre aride, l’évocation des petites et des grandes peines qui accompagnent ces musulmans et ces chrétiens qui tentent de vivre ensemble malgré tout, est un véritable dépaysement. Il fait d’ailleurs saluer la qualité des décors de Cynthia Zahar.
Amale, magnifiquement incarnée par une Nadine Labaki pleine de caractère, tient le café-restaurant qui est le centre de vie du village lorsqu’on ne se rassemble pas sur la place pour regarder la télévision sous les étoiles. L’autre point de rencontre reste la boutique tenue par Nassim et sa mère. A cela s’ajoutent l’église et la mosquée.
Chrétiennes ou musulmanes, les femmes nourrissent entre elles amitié et solidarité, tandis que les hommes sont prompts à sortir les insultes ou les poings. Les petites fourberies sont légions, les uns sabotent l’église, tandis que les autres invitent les chèvres sur les tapis de la mosquée. Amale, Yvonne, la femme du maire, et leurs consœurs, s’efforcent donc en vain de cacher les informations à leurs hommes histoire de limiter les sujets de discorde. On s’esclaffe et on s’exclame durant le flash info, on brûle les journaux, on coupe le câble de la TV… et lorsque cela ne suffit plus, on multiplie les stratagèmes les plus cocasses. Seul compte l’espoir de la reconstruction et de la concorde.
« Seul un miracle pourrait calmer ces idiots… »
On ne recule devant rien : Yvonne est étrangement inspirée par la Vierge, de curieuses danseuses russes débarquent à l’improviste… et le jus d’orange peut avoir un goût surprenant.
C’est un film magistral reposant sur un scénario captivant, un casting irréprochable et des dialogues jubilatoires. Il convient enfin se souligner ses qualités esthétiques.

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