discussion « 14 » de Jean Echenoz, Editions de Minuit, 2012


14Echenoz« 14 » de Jean Echenoz, Editions de minuit, 2012

Un jour d’août 1914, en Vendée, Anthime, comptable de son état,  s’apprête à passer une agréable journée ensoleillée. Quoi de mieux que quelques heures de lecture en plein air pour s’évader de soi et oublier ses soucis, oublier que Blanche, la femme qu’il aime, a finalement choisi Charles, son propre frère ?

Mais après une bourrasque étrange, comme de mauvais augure, ce sont les cloches des beffrois environnants qui retentissent et déchirent la tranquillité du lieu. Elles se mettent en branle « dans un désordre grave, menaçant, lourd ». Cet appel à la mobilisation n’est bien sûr pas une surprise vu le contexte mondial ; Anthime regagne donc le village en liesse pour assumer sa part de l’Histoire.

Viennent ensuite l’encasernement avec « ses camarades de pêche et de café », la distribution des uniformes, une préparation militaire hâtive, le voyage en train pour le front et ses réalités, les combats, les tranchées, la faim, le froid, les rats, les peurs, les quelques moments de franche camaraderie, le courrier, les blessures atroces et parfois bienfaisantes, la mort, les désertions…Charles a fait partie du voyage, toujours hautain et prompt à pactiser avec la hiérarchie. L’un a des appuis, l’autre non, et un seul rentrera du front. Tout les oppose et leur amour respectif pour Blanche est comme une autre guerre, plus sourde et plus pernicieuse.

Mais ce duel amoureux est finalement juste suggéré au plus grand dépit du lecteur qui aimerait bien en savoir plus. La psychologie des personnages, leurs états d’âme, leur passé, leur histoire tout simplement, ne nous sont pas livrés. Echenoz opte pour une écriture surprenante qui mêle un sens aigu du détail et un rythme trépidant, mais qui ne s’attarde pas sur ce qui nous paraitrait essentiel. Il se concentre peu sur les personnages, cherchant surtout à transcrire une atmosphère, celle d’une guerre parfaitement impréparée par les autorités françaises, une guerre comme improvisée, mal étudiée à l’image de ces casques « peints en bleu brillant qui désignaient si superbement leurs cibles aux ennemis au moindre rayon de soleil. ». Echenoz souligne combien cette boucherie fut d’abord minimisée, mal estimée. C’est ainsi que le capitaine Vayssière, à l’allure chétive et timorée, rappelle à ses troupes que « si quelqu’un meurt à la guerre, c’est faute d’hygiène. ».

« Ensuite en essayant chaque jour de tuer un maximum de ceux d’en face et de gagner un minimum  requis de mètres au gré du commandement, c’est là qu’on s’est enfoncé ».

L’évocation de la guerre est assez réussie mais le récit, en occultant en partie ses protagonistes, nous laisse un peu sur notre faim.

3 commentaires

  1. Je l’avais écouté en Audiolib, lu par Echenoz, d’une voix monocorde. La description de gueule cassée me laisse un goût grinçant 😉

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