discussion Atelier d’écriture (5) : « C’est le pied ! »


Que les amoureux des belles lettres et des convenances veuillent bien me pardonner, la photo de la semaine m’a donné du fil à retordre…

je n’ai cependant pas voulu manquer le rendez-vous rituel de Leilonna du blog Bric a Book

Rappel du principe: une photo, un clic, un texte « libre »…

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C’est le pied !

Mon psychanalyste me le répète trois fois par semaine, moyennant la modique somme de 50 euros la séance, « on n’accorde pas assez d’importance aux mauvaises habitudes contractées dans l’enfance, ni aux expériences traumatisantes qui tendent à la traverser ».
Je me souviens que ma mère, qui n’a jamais vraiment trouvé chaussure à son pied, et qui avait bien du mal à m’élever compte tenu de ses maigres moyens financiers, ne m’acheta jamais une paire de pompes de la bonne pointure. J’ai du arpenter les rues et les cours d’écoles, les orteils trop à l’étroit dans des tennis trop petites achetées en soldes. Un prix défiant toute concurrence, mais aussi toute logique. Parfois, à défaut de promotions conséquentes, je sentis des mois durant mes pieds faire de curieux va et vient dans des baskets trop longues, trop larges, trop hautes, qui auraient l’avantage de « faire plusieurs saisons ». Je peux vous assurer que le ridicule tue !!!! Pour survivre, je reluquais des heures durant les pieds heureux de mes congénères, nullement gênés pour courir après les filles ou le ballon.
Je me souviens aussi que mon grand-père m’initia au plaisir des Pieds Nickelés. Il les achetait pour dissimuler certains magazines coquins qui n’auraient pas été du goût de ma grand-mère. Je ne vous cache pas qu’en grandissant, je développais un penchant plus net pour ces revues de seconde zone qui attisaient mon désir pour Daisy, ma voisine de classe. Son pied aussi m’attirait. Sa mère travaillait chez BATA ! Je rêvais de poser mes doigts sur ses orteils délicats, savamment mis en valeur par les brides de ses sandales…
Ces songes sont longtemps restés de l’ordre du fantasme…L’ennui, c’est que ces fantasmes tendaient à m’obnubiler. Je me croyais dans un abri bus à Savannah, et comme Forrest j’étais convaincu que les chaussures révélaient l’essence des individus. Il faut dire que ma mère était pointilleuse sur leur état. Les mocassins du dimanche devaient briller autant que l’encensoir de l’abbé, et les baskets demeurer aussi immaculées que la Vierge Marie. J’avais ordre de les astiquer au quotidien… « Ce n’est pas parce qu’on est sans le sou que les autres doivent nous prendre pour des va nus pieds crasseux ! ». J’appris bien vite l’art de l’illusion ! D’ailleurs, ma mère n’a jamais découvert les objets de mes délits précieusement rangés entre deux exemplaires des Pieds Nickelés.
Plus un pied, plus une savate n’échappait à mon regard. Je me sentais l’âme d’un collectionneur. J’ai timidement commencé par archiver les pubs, avant de faire un stage chez une pédicure pour m’offrir mon premier Kodak. Mais cet investissement s’avéra vite problématique : l’attente du développement était longue, sans compter que je passais pour un abruti aux yeux du photographe. J’ai béni l’inventeur du polaroid …Je les voulais grecs, égyptiens, bots ou beaux, plat ou creux, nus ou cachés, vernis ou nature…parfois je goutais aux détails, la plante, le talon, la voute et l’arche…C’était un sacré boulot ! Numéroter, classer par ordre de grandeur, d’esthétisme et de rareté.
Je ne vous surprendrai donc pas lorsque je vous confierai qu’une motivation, aussi formidable qu’inouïe, me permit de dépasser un handicap scolaire certain et d’entreprendre avec brio des études de podologie. Pour une fois que je prenais plaisir à fréquenter les bancs de l’école. J’ai même entrepris un voyage d’études pour rédiger un mémoire sur l’art et les avantages du bandage, des pieds évidemment, pratiqué en Chine. Ma mère avait de quoi être fière, j’aurais pu finir caissier chez André !
Aujourd’hui, je les traque dans le métro. Avec les téléphones portables c’est un jeu d’enfant. Le tout c’est d’échapper à la disgrâce de certains pieds engoncés dans des sandales allemandes, sans parler du faux python… aussi heureux que certaines chevilles poilues par beau temps.
Mon psychanalyste me répète trois fois par semaine, moyennant 50 euros à chaque fois, que je suis partialiste. Tout de suite les gros mots ! Je préfère la magie du fétichisme. Daisy, qui partage désormais mon existence et qui m’astique les baskets, me dit que je ferais aussi bien d’investir dans une belle paires de Weston…je devrais peut-être l’écouter. Elle a toujours eu beaucoup de goût Daisy, et côté pieds, elle a une sacrée expérience. Pensez donc, elle a ouvert un fish spa !

 

19 commentaires

  1. celui là prend son pied quotidiennement une séance de massage plantaire lui reviendra moins cher que son psy !
    je rêve du fish-spa tu as l’adresse de Daisy !

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  2. Le fish-spa ! Le clin d’oeil aux Pieds Nickelés, aussi, il fallait le trouver ! Et une conclusion s’impose: Les habits ne font pas le moine, ni les chaussures le riche ou le pauvre.
    Tu sais quoi? j’ai eu mal pour tes pieds en lisant le début du texte, je les sentais tous recroquevillés dans tes chaussures trop étroites …

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