discussion « Baho! » de Roland Rugero, Vents d’ailleurs, 2012


« Baho ! » de Roland Rugero, Editions Vents d’ailleurs, Collection Fragments, 2012 baho-de-roland-rugero

Roland Rugero est un écrivain burundais.
C’est un novembre sec qui sévit sur la colline de Hariho, dans la zone de Kanya, au Burundi…
« Pas d’eau, le ciel est devenu méchant ».
Une vieille femme peine à garder ses deux chevreaux, entre cailloux et mauvaises herbes. Dans son œil, sec aussi, se reflète la sécheresse du sol. Dieu est-il en colère ? Veut-il punir les burundais pour cette guerre sans merci qui a ravagé le pays ? Entre deux réflexions, elle se souvient des temps heureux de l’herbe verte, lorsque les hommes avaient à boire.
« A cette époque, les hommes étaient sûrs de leur avenir : une répétition de moments de répétition. »
Mais ses songes se voient subitement interrompus par la course folle d’un homme en fuite et par les clameurs de ses poursuivants. C’est Nyamuragi, le muet, qu’on pourchasse ainsi. Que se passe-t-il donc ? Pourquoi cette chasse à l’homme ?
Le pauvre garçon, pris d’une envie pressante, qu’il était incapable de verbaliser, a simplement voulu demander à une jeune fille de lui indiquer les latrines publiques. Hélas, le langage des signes peut avoir ses limites et ses gestes explicites, dans un contexte où les viols et les violences se multiplient, ont donné lieu à un effroyable quiproquo. Il court parce qu’on accourt et qu’on court. Il ne fuit pas. Il espère simplement pouvoir s’expliquer après, oubliant qu’il ne pourra toujours pas parler… oubliant aussi que la meute des villageois ne sera pas forcément disposée à l’écouter. Près du ruisseau, les femmes, si souvent maltraitées, se rassemblent tandis que les hommes improvisent une cour populaire. Mais Nyamuragi est condamné d’avance et son procès tient de la parodie de justice. La vieille borgne suit les opérations, regrette amèrement la dévaluation de la parole, et se demande si le jeune homme échappera à la vindicte populaire.
Roland Rugero use d’une écriture poétique très originale pour dire la violence et la rudesse du pays, n’hésitant pas à mêler français et kirundi…Il tisse également les genres, incluant à sa narration d’un fait divers, des rêves, un conte…Il aborde la question de la justice évidemment, mais il nous propose également une fort belle réflexion sur le langage, le pouvoir de la parole, la difficulté du mutisme et la grande solitude qu’il génère. Une jolie pépite à découvrir !

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