discussion « Au revoir là haut » de Pierre Lemaître, 2013


« Au revoir là haut » de Pierre Lemaitre, édité chez Albin Michel, Prix Goncourt 2013 AuRevoirLemaitre

Fascinée par l’univers policier de Lemaître, j’ai longuement hésité avant de me plonger dans ce dernier roman. Je redoutais le changement de genre et la thématique ne m’accrochait pas vraiment.
Ne pas le lire aurait été une erreur pourtant. Lemaître sait nourrir la trame historique de son goût du secret et du suspens, et son écriture se fond à merveille dans ce nouveau genre. Il a vraiment l’art de camper ses personnages, d’inventer les situations les plus inouies et de tenir son lecteur en haleine. Ce récit est un coup de maître qui confirme une très belle plume.

Le roman s’ouvre sur le mois de novembre 1918 et sur la perspective d’un armistice auquel on a peine à croire, surtout sur le front. Harassé par cette guerre sans fin, Albert Maillard est tenté par un certain attentisme, mais son supérieur, le lieutenant Henri D’Aulnay Pradelle ne l’entend pas ainsi. Son arrivisme et son opportunisme ne peuvent se satisfaire de cette attente sage. Il a besoin d’un coup d’éclat pour achever de se faire un nom, fût-ce au prix de quelques sacrifices humains. Cet « homme décidé, sauvage et primitif », qui n’aime guère que lui, nourrit une haine quasi métaphysique pour les Allemands et un amour inconditionnel pour la gloire et la richesse. Il se réjouit donc à l’avance des bénéfices qu’il pourrait tirer d’une opération comme l’attaque de la Côte 113. Il n’est nullement question ici de bravoure, juste d’ambition.
Albert et Etienne Péricourt apprennent alors à leurs dépens, avec quelques autres, que le véritable danger pour le soldat ce n’est pas l’ennemi mais sa hiérarchie. S’engage alors une lutte pour survivre qui liera à jamais le destin de ces deux jeunes gens qui ne se connaissaient pas avant de finir dans le même trou d’obus.
Il est difficile de parler du roman sans en dévoiler trop…ce qui serait fort dommageable, aussi n’en dirai-je pas plus sur les péripéties.
Lemaître ne s’intéresse pas tant à cette guerre qu’à ses dommages collatéraux et aux mensonges qui l’entourent. Même dans les temps de paix, d’après guerre, tandis que beaucoup pansent leurs plaies et tentent de faire le deuil de leurs morts, d’autres opèrent comme des rapaces et cultivent, avec beaucoup d’imagination, l’art du profit. Les escrocs, plus ou moins sympathiques ne manquent pas et contribuent fortement au suspens du récit.
Lemaître n’oublie pas pour autant les victimes. Ses descriptions des gueules cassées, des souffrances sont effroyables et poignantes. Il évoque également le difficile retour aux réalités, les femmes perdues, les réinsertions professionnelles délicates.Il interroge l’humain et nous invite à réfléchir sur les significations de termes trop souvent galvaudés comme le courage, le patriotisme, l’honneur. C’est aussi une très belle leçon d’amitié.

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