discussion « L’Etrangère », un film de Feo Aladag, 2010


« L’étrangère » de Feo Aladag, 2010 ectac-l-etrangere-film-de-feo-aladag-03-jpg-4dcaf3292258d

Encore un film de femme sur les femmes me direz-vous?! Pas uniquement! Et puis si l’art ne vient pas conjuguer ses efforts à ceux du politique et des associations militantes, avancerons-nous?

Feodora Aladag est une femme de cinéma complète. Jeune actrice, scénariste, productrice et réalisatrice d’origine autrichienne, elle compte déjà 21 nominations et 4 prix majeurs. Elle a notamment obtenu l’Ours d’Argent à Berlin, le grand prix du jury pour son film « Inbetween Worlds » et le prix Jean Carmet du meilleur long métrage pour « L’Etrangère », qui représentait également l’Allemagne aux Oscars de 2011.

Umay, superbement incarnée par Sibel Kekilli, est une jeune femme de 25 ans aspirant à exister enfin. Malheureuse en ménage, elle vit à Istambul loin des siens. Son époux, Kemal, est tout aussi violent avec elle qu’avec Cem, leur petit garçon. Sa vie affective est un désert, sa vie sexuelle un viol permanent. Aussi économise-t-elle pour s’offrir une nouvelle existence, une nouvelle liberté. A bout de souffrances morales et physiques, elle quitte tout, son fils dans une main, leur maigre baluchon dans l’autre. Elle se rend en Allemagne pour retrouver sa famille, seule porte de salut qui semble s’offrir à elle.
Mais on ne peut pas dire que son retour, ou plus exactement sa fuite, soit bien accueillie par les siens.
« Tu ne peux pas séparer ton fils de son père ».
Prisonniers du « qu’en dira-t-on », des us et coutumes de la communauté, tous rejettent une Umay qu’ils ne parviennent pas à raisonner. Pour tous, elle appartient à Kemal et « la main qui frappe est aussi celle qui apaise ». Pour Kemal, elle n’est rapidement plus que « la putain allemande ». On la croit possédée par le mauvais oeil et on lutte contre son attachement pour elle.
Pour conserver sa liberté, elle brûle son passeport, obtient un job et reprend des cours. Il est en revanche beaucoup plus difficile de pouvoir conserver son fils.
Entourée de son amie Attifa, de Gul Hanim sa patronne, puis de Stipe, un collègue bien intentionné, elle mène le combat sans jamais se défaire de son amour pour les siens.
Mais entre raison et sentiments il faut, hélas, parfois choisir, sous peine de vouer son existence à la fuite perpétuelle et à la tragédie.
Le jeu des acteurs est excellent. Sibel Kekilli, sublime à l’écran, passe par toutes les émotions avec beaucoup de subtilité. Je l’ai trouvée bouleversante. La photo de Judith Kaufmann lui rend d’ailleurs vraiment hommage. Kaufmann excelle par ailleurs dans l’art des regards, extrêmement parlants dans ce film.
Feo Aladag porte un regard d’une très grande humanité sur les difficultés de ces femmes certes, mais aussi sur les difficultés de chacun à se positionner entre le clan et ses proches. Il y a quelque chose de très déstabilisant dans cette lutte des parents d’Umay pour parvenir à rejeter leur propre fille. Intelligence, sensibilité et sobriété se conjuguent pour décliner ce dilemme entre honneur et amour qui s’exprime tout autant dans des dialogues d’une rare violence que dans des gestes et des regards affectueux.

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