discussion « La princesse de Babylone »de Voltaire/Von Dongen


« La princesse de Babylone » de Voltaire, illustré par Von Dongen,
En 1948 on proposa un tirage confidentiel (186 exemplaires) du conte de Voltaire illustré par Von Dongen (lithographies en couleurs) aux Editions SCRIPTA ET PICTA.

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Cette version du conte de Voltaire est une réimpression de l’unique exemplaire de l’édition originale possédée par le libraire Claude Blaizot.

Situons un peu les deux artistes :
Voltaire fut un auteur particulièrement prolixe (plus de 16 volumes en Pléiade) qui donna dans tous les genres. Il considérait ses contes comme des « fadaises », des « coioneries » ou encore des « fariboles » même s’il avait bien conscience que « le conte sous le voile de la fable laisse entrevoir aux yeux exercés une vérité fine qui échappe au vulgaire ». Parmi ses nombreux contes, on dénombre bien des « turqueries », un genre très prisé au XVIII°. Le conte oriental permet en effet de se cacher pour tout dire.
Kess Von Dongen est un artiste d’origine hollandaise, influencé par le fauvisme, qui s’installa à Paris à l’aube du XX°. Il a donné dans la caricature de presse, a partagé l’atelier du Bateau-Lavoir avec Picasso. Il affirmait croire « à l’implication de l’art dans la vie sociale ».

L’intrigue :
A l’orée du récit, Babylone est aux mains du vieux Bélus. Dans cette ville ancestrale, tout n’est que luxe et volupté, mais le bien le plus précieux de Bélus demeure Formosante, sa fille unique, si belle qu’on dit qu’elle servit de modèle à Praxitèle pour sa Vénus. La belle vient de fêter ses 18 ans et il s’agit pour le roi de lui trouver un époux digne d’elle. Un ancien oracle avait prédit qu’elle ne pourrait appartenir qu’à celui qui tendrait l’arc de Nemrod (un effort improbable) et qui tuerait ensuite « le lion le plus terrible et le plus dangereux qui serait lâché dans le cirque de Babylone ». Il lui faudrait également terrasser tous ses rivaux, faire preuve d’un bel esprit et de vertus exemplaires. Autant dire que Formosante court le risque ne rester vieille fille !
3 prétendants se présentent : le pharaon d’Egypte, le shah des Indes et le grand Khan des Scythes. Ils doivent s’affronter au cours de « l’auguste cérémonie » organisée par Bélus.
Mais alors qu’on s’apprête à se défier, surgit un intrus bien atypique, « monté sur une licorne ». « une figure qui avait l’air de la Divinité ». On ne peut que le remarquer avec son « visage d’Adonis » et son « corps d’Hercule ». Victorieux, le bel inconnu, n’a guère le temps de savourer ce moment de gloire. Son père est à l’agonie, il doit rentrer. Il laisse donc à Formosante un étrange oiseau, un phénix, en gage d’affection.
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En royaume de Babylone, chacun s’interroge sur son identité. Comment celui qui se présente comme le fils d’un simple berger peut-il offrir tant de diamants et déployer une telle magnificence ? Pourquoi monte-t-il une licorne ? Quant à Formosante, il semble qu’elle ait succombé au charme du jeune héros : « caressant son oiseau » « elle était plongée dans une rêverie profonde ».
Mais Voltaire n’en est qu’au début de ses allusions coquines ; il manie l’art du double-sens avec brio. Quant aux lithos de Von Dongen, elles relèvent parfois d’un bel érotisme.

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Aldée, la cousine de la jeune princesse, partage son enthousiasme et ses fantasmes. Bélus lui ne sait plus à quel saint se vouer. Un nouvel oracle, lui prédit que sa fille se mariera lorsqu’elle aura couru le monde, aussi décide-t-il de l’envoyer en pèlerinage à Bassora, en compagnie de sa suivante Ilda. Son départ est précédé d’un ultime festin en l’honneur des prétendants, mais la magnificence de la fête voit affleurer les ressentiments, les jalousies et les inimitiés. L’Egyptien et l’Indien aspirent à la vengeance, Le Scythe entreprend Aldée, qui jalouse sa cousine et revendique la couronne. Dans cet intervalle, l’oiseau s’entretient avec Formosante de Gangarides, le pays du jeune berger, sis sur la rive orientale du Gange. Il lui révèle combien Amazan s’emploie toujours à faire le bien, à pénétrer les secrets de la lecture et à cultiver les arts.
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Formosante se prépare au départ tandis que certains complotent et organisent la guerre. Mais plutôt qu’à Bassora, c’est à Gangarides qu’elle se rend avec l’idée de retrouver son soupirant.
S’ensuit alors une longue épopée comme Voltaire sait nous les raconter, à travers l’Orient et la vieille Europe. Désespéré par un baiser et un quiproquo, Amazan parcourt le monde pour oublier, tandis que Formosante s’échine à le rejoindre. Tous deux sont ainsi confrontés à un parcours initiatique sans savoir si leur quête les réunira.
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Voltaire manie l’invraisemblable et mêle le merveilleux et le fantastique à la satire. Le périple des jeunes gens est l’occasion de traverser des contrées aux modes de gouvernance très contrastés. Du côté de la vieille Europe on rencontre des systèmes décadents ou des régimes foncièrement intolérants tandis que l’Orient offre de nombreuses utopies. Sur un rythme particulièrement trépidant, Le philosophe décline avec la plus grande fantaisie tous ces chevaux de bataille. Il dénonce la guerre, l’intolérance, l’Inquisition, le pape réduit à la périphrase « le vieux des sept montagnes », l’obscurantisme et la Sorbonne. Il règle même ses comptes avec Fréron. Il prône les valeurs des sciences et des arts, la religion naturelle et le théisme, l’égalité et la liberté. La lecture est alors un jeu pour celui qui s’amuse à retrouver ce que l’on nommait « les applications » (les allusions)

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