discussion « Rue Mandar » d’Idit Cebula, 2013


« Rue Mandar », d’Idit Cebula, 2013 rue-mandar-950x0-1

Française d’origine polonaise, l’actrice, réalisatrice et scénariste Idit Cebula, renoue sans doute avec sa propre histoire dans ce film offert au public l’an dernier.
Comme c’est le cas dans bien des familles, un enterrement réunit une fratrie. Emma, interprétée par Sandrine Kiberlain (je suis fan), a donc quitté Israël pour rejoindre à Paris Charles et Rosemonde, ses frère et sœur. Elle retrouve la smala au funérarium, les oncles et tantes, les neveux…L’enterrement connaît son lot de gags, comme souvent aussi. Rosemonde, brillamment incarnée par Emmanuelle Devos (que je n’apprécie pas généralement) s’illustre par un malaise spectaculaire si bien qu’Emma vide un de ces sacs verts translucides qui font office de poubelle publique pour calmer la crise de tétanie naissante. Les plus jeunes sont peu au fait des coutumes religieuses juives. Quant à Charles (alias Richard Berry), il faut preuve d’une maniaquerie impatiente et maladive.
Très rapidement le vernis craque et les relations de la fratrie virent au politiquement peu correct. Chacun a ses problèmes, et le décès de la mère est un peu la goutte qui fait déborder le vase. Rosemonde, en bonne psychanalyste qu’elle est, a du mal à couper le cordon avec son fils qui part s’installer à New York. Elle connaît un état émotionnel difficile et aurait bien besoin d’une petite thérapie. Serge, son époux, joué par Lionel Abelanski, ne gère plus rien du tout et surtout pas elle. Charles est en proie à une crise existentielle qu’il imagine endiguer en refaisant son appartement. Il a bien du mal à affronter les objections de son épouse.
Deux de ses répliques, « Tu me régresses ! » et « C’est pas facile d’avoir le rôle de connard », vont gonfler ma liste des répliques cultes !
Emma de son côté, la chouchoute supposée de la mère, est un peu le vilain petit canard de la famille. Elle s’est exilée, a constamment des soucis d’argent et apparaît mal fagotée, surtout aux yeux de Charles.
La question est alors de savoir ce que les héritiers vont faire du 13 Rue Mandar, l’appartement que leurs parents, Yiddish et immigrés polonais, ont occupé depuis leur arrivée en France. Emma organise d’abord un « vide grenier spécial deuil » sur le trottoir, histoire de le vider un peu. Elle ignore alors combien cette opération par le vide va la combler, elle qui reprend la formule fétiche de sa mère « Ayez la joie éclatante et la peine discrète » !!!!
Le scénario tient bien la route et le casting est incroyablement efficace. Cebula mêle les tons et les registres avec brio. Elle aborde la question du deuil mais aussi de la fratrie. Elle oscille entre tendresse, crise, humour grinçant et piques acerbes pour dire combien il est parfois difficile de s’avouer qu’on s’aime malgré tout. Le film reflète aussi le milieu juif ashkénaze, une ambiance qui me contente toujours. C’est frais et sensible à la fois. Et même si le sujet n’est pas nouveau, le film se distingue par ses dialogues caustiques. Bref un humour que j’adore !

5 commentaires

  1. J’ai adoré ce film comme toi! Le décalage produit par la psychologie propre à chaque personnage est savoureux, surtout qu’un amour indéfectible lie cette fratrie envers et contre tout! Les obsessions de chacun sont disséquées à la loupe, les personnages n’en sont que plus attachants. Le jeu des acteur est excellent, bref, un régal.
    Bel article, comme d’habitude 😉
    Bisous!

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