discussion « Pour une nuit d’amour » suivi de « L’Inondation », Zola


« Pour une nuit d’amour », suivi de « L’inondation », d’Emile Zola, 1882 Zola Pour une nuit d'amour Folio

Ce billet est né d’une rencontre fortuite entre une prof de lettres et un livre négligemment oublié dans une salle de cours. Animée d’un esprit montaignien, j’ai honteusement décidé de me laisser aller à ce hasard et de lire l’ouvrage avant de partir en quête de cet élève, manifestement passionné par Zola.
« Pour une nuit d’amour » est une nouvelle assez longue et fort surprenante ayant pour cadre une bourgade de province, le village de P*******. La vie s’y organise autour du ruisseau Chanteclair, qui aura une importance capitale dans la narration et la place des Quatre femmes. En un mot c’est « un coin perdu » !
Orphelin, Julien, qui malgré ses 25 ans s’enferme « dans les manies d’un petit bourgeois retiré », y a établi ses quartiers. Employé comme expéditionnaire à la poste, il loue une chambre chez un jardinier juste en face de l’hôtel particulier de la famille de Marsanne.
Il manque cruellement de confiance en lui, surtout face aux femmes.
« Il se sentait laid, la tête carrée et comme laissée à l’état d’ébauche sous le coup de pouce d’un sculpteur trop rude ».
« Sa gaucherie lui donnait un effarouchement continu, un besoin maladif de médiocrité et d’obscurité ».

Son existence est ainsi guidée par « ses goûts de moine cloîtré ». En dehors de son emploi qui semble le combler, il se plaît à marcher au bord du ruisseau, à deviser allégrement avec un camarade muet. Il joue quelquefois aux dames, moins effrayantes que les femmes, au café des Voyageurs. Sa seule fantaisie demeure sa flûte, tandis que les secrets de la demeure de Marsanne, qui tient de la maison vide, constituent un spectacle muet et mystérieux qu’il aime contempler depuis sa fenêtre. Il est habité par un vieux couple d’aristocrates qu’on ne voit jamais et dont la fille est au couvent.
La vie de Julien va subitement connaître un autre tour lorsqu’un soir de juillet la fenêtre d’en face s’éclaire et laisse apparaître une charmante jeune fille. Thérèse de Marsanne est de retour du couvent ! Il n’en faut pas plus pour bousculer un être aussi routinier que Julien.
Thérèse lui procure en effet des sentiments bien contrastés et Julien évolue en plein paradoxe. Elle va déranger ses habitudes, c’est certain ! Aussi croit-il d’abord la détester. Il passe pourtant son temps à la guetter, à l’espionner tandis qu’elle l’ignore parfaitement, lui préférant « le petit Colombel », son frère de lait, pour lequel notre héros nourrit une certaine inimitié. Force est de constater qu’il ne peut s’empêcher d’aimer la Belle Indifférente. Tel un charmeur de serpent, il tente de la séduire au son de sa flûte…bien vainement. Toute son existence se cristallise des mois durant autour de Thérèse, qui n’a finalement rien d’une sainte ! En proie à la passion, mais résigné, il est forcément très surpris lorsqu’elle l’invite dans sa chambre. C’est en effet bien surprenant pour une jeune fille de bonne famille !!! Signera-t-il alors un pacte avec une diablesse ?
Zola revisite le motif de la passion et de ses tourments, s’intéressant à la lutte éternelle entre Eros et Thanatos.
« Non, ce n’était pas une veillée de mort, c’était une veillée d’amour. »
« Quand on s’aime dans le crime, on doit s’aimer d’une passion dont les os craquent ».

Il s’appuie pour ce faire sur des personnages bien campés, parfaitement crédibles et attachants, même si Julien tient du benêt. Point d’hérédité ici, mais plutôt un questionnement sur les mécanismes de la passion et la soumission à soi-même assorti d’ une peinture de la femme fatale.

Vous pouvez écouter une version audio de cette nouvelle, lue par Robin Renucci sur RFI. Il existe également une adaptation télévisuelle (dans la série Contes et nouvelles du XIX°).

« L’inondation » est un récit à la première personne mené par Louis Roubier, un septuagénaire originaire de Saint Jory, un village de la région toulousaine. A travers l’évocation des souvenirs du vieillard, Zola aborde la question des revers de Fortune avec l’épisme qui le caractérise.
Paysan, Louis a connu la misère.
« Pendant Quatorze ans, je me suis battu avec la terre pour manger du pain. »
Nouveau riche, grâce à une incroyable persévérance et à un labeur sans fin, il savoure désormais son aisance et le bonheur de sa vie de famille. Il partage sa ferme avec ses frères et sœurs, ses enfants et petits enfants. Son plus grand bonheur réside dans les repas partagés par ces 10 convives permanents. Il fait bon vivre chez les Roubier !
Mais peut-être se sont-ils trop habitués à ces petits plaisirs et à cette prospérité. Ils se croient désormais bénis des Dieux, comme si la facilité leur était due. Le péché d’hybris n’est pas loin, on sent bien qu’une tragédie se prépare, histoire de remettre chacun à sa place.
« Eh bien ? père, nous ne manquerons plus de pain ni de vin. Vous avez donc rencontré le bon Dieu pour qu’il fasse maintenant pleuvoir de l’argent sur vos terres. »

La punition prend en effet l’allure d’un effroyable déluge. La Garonne déborde et plonge le lecteur dans « un terrifiant spectacle ».
Zola semble alors nous proposer une réécriture de certains mythes bibliques et nous offre le récit d’une formidable apocalypse. Saint Jean n’a qu’à bien se tenir !
« autour de nous le spectacle devenait d’une grandeur souveraine »
« J’avais mes ruines, j’avais mes morts qui m’écrasaient ».
Que restera-t-il donc à Louis de sa fortune et de sa foi ???

2 commentaires

  1. Je connais bien la seconde nouvelle pour l’avoir étudiée en 4ème, je la trouve terrible! Elle suit La mort d’Olivier Bécaille dans notre recueil, lecture marquante aussi pour nos ados 😉

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