discussion « Le confident » d’Hélène Grémillon, Lattès 2010


le-confident« Le confident » est le premier roman (fort réussi) d’Hélène Grémillon. L’auteure aborde la question du deuil sous un angle radical puisque Camille Werner, son héroïne, va devoir faire le deuil de ce qu’elle croyait être sa filiation et son histoire.
Le récit s’ouvre à Paris en 1975 et sur un très bel incipit :
« Ma boîte aux lettres se bornant à m’annoncer que la-mer-est-chaude ou que la-neige-est-bonne, je ne l’ouvrais pas souvent. Une fois par semaine, deux fois les semaines sombres, où j’attendais d’elles comme du téléphone, comme de mes trajets dans le métro, comme de fermer les yeux jusqu’à dix puis de les rouvrir, qu’elles bouleversent ma vie.
Et puis ma mère est morte. Alors-là j’ai été comblée, pour bouleverser une vie, la mort d’une mère, on peut difficilement mieux faire.»

Camille Werner est une éditrice célibataire. Orpheline de père, elle vient de perdre sa mère alors qu’elle a à peine découvert qu’elle était enceinte et qu’elle a rompu avec Nicolas, le père putatif de l’enfant qu’elle porte. Sa vie de famille va désormais se limiter à Pierre, son jeune frère. Du moins le pense t-elle.
Une lettre plus épaisse que les autres, égarées entre les nombreux courriers de condoléances, dépourvue de signature et des coordonnées de l’émetteur, vient perturber ce premier travail de deuil. Surprise, Camille pense d’abord à une erreur. Lorsque les courriers de ce Louis se multiplient, elle pense alors à une mystification, le jeu d’un auteur potentiel cherchant à la convaincre par tous les moyens de le publier. Louis raconte son amour pour Annie, une jeune peintre, leurs avatars avec le couple M, dans le village de N…. , la façon dont Annie a proposé de devenir une mère porteuse, la naissance de la petite Louise. Le mystère est épais, passionnant et finit par convaincre Camille d’effectuer quelques recherches. Hélène Grémillon alterne les points de vue, cédant tour à tour la voix narratrice à Camille, à Louis puis à Mme N dont Louis retrace la confession sur un carnet d’écolier… Les récits s’emboitent de façon vertigineuse, les points de vue se confrontent et s’affrontent. Chacun semble en quête de sa vérité tandis que la Vérité prend des allures de fin ouverte. L’auteure aborde la question de la stérilité et des mères porteuses, elle offre une nouvelle variation à la grande thématique des amours contrariés et croque des personnages hauts en couleur, quelquefois bien machiavéliques. Elle renouvelle également le motif du deuil puisque son héroïne doit dépasser le simple adieu à sa mère pour tirer un trait sur ce qu’elle pensait être, sur son passé et sa filiation. C’est une renaissance bien malgré elle, un accouchement de soi-même quelque peu douloureux. Le roman peut se lire comme une tragédie. Les confessions difficiles de Mme M suscitent en effet terreur et pitié, tandis qu’une catharsis évidente permet à Camille d’affronter plus sereinement finalement sa future maternité.
J’ai tout autant apprécié l’intrigue et la construction du récit que le style d’Hélène Grémillon.

Un petit aperçu :
A propos d’une lettre de M. M à Annie
« Si tel était le cas, il aura longtemps réfléchi à l’endroit où la cacher. D’abord, il l’aura glissée sous une latte de parquet. Mais à peine la lame remise, il se sera inquiété. Et si Annie ne cherchait pas à ce point ? Il avait beau avoir laissé du jeu, peut-être que ça ne suffirait pas comme indice. Non, c’était trop risqué. Il valait mieux mettre cette lettre quelque part où Annie serait sûre de la retrouver, dans un geste du quotidien. Alors, il l’aura collée sous sa palette. Et puis, de nouveau, il se sera troublé. Et si elle ne peignait plus ? ou plus tous les jours, après tout il ne savait rien de ses nouvelles habitudes. Non, c’était trop risqué. De quel geste intime était-il vraiment sûr ?
J ‘ai ouvert les draps et la lettre était là, où je savais qu’elle serait. Sa fougue qu’elle la lise avait rendu Paul téméraire, inconscient.
Cachée à cet endroit, tout le monde pouvait la trouver, sans même la chercher. Paul avait pris un risque incroyable. Parce que le risque, pour lui, n’était pas que quelqu’un d’autre trouve cette lettre, mais qu’Annie ne la trouve pas. »

Mme M face à Annie :
« Et puis j’avais vu Annie regarder Camille, j’avais vu la mère prendre possession de son enfant. Comment avais-je pu envisager de le lui enlever ? Comment avait-elle pu envisager de me le donner ? Nos dispositions à l’égard l’une de l’autre – et à notre propre égard – nous étaient désormais étrangères. Son ambition de peindre et mon désespoir de femme stérile s’étaient dilués dans la toute nouvelle existence de Camille. Nos vies s’étaient arrêtées pour faire place à la sienne, cette ère de la naissance où aucune décision ne saurait être prise que de nourrir, de changer ou d’endormir l’enfant juste né. C’était le temps de l’inconcevable. »

4 commentaires

  1. J’avais beaucoup aimé, je l’avais lu à sa sortie. Et je m’aperçois que je ne me souviens même plus de l’histoire…

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  2. J’ai aimé le début, pas la suite… Trop de rebondissements et de révélations pour moi. Jusqu’au final que j’ai trouvé grotesque.

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