discussion « La Religieuse » de G. Nicloux, 2013


« La Religieuse », film de Guillaume Nicloux, sorti le 20 mars 2013

religieuseAffiche

Publié par Diderot en 1796, le roman-mémoires « La Religieuse » se présente comme une mystification, un canular….une bande de copains cherche en effet une idée brillante pour rappeler à Paris leur ami le marquis de Croismare, retiré dans ses quartiers normands. Ces mémoires sont attribués à Suzanne Simonin, qui s’est vu contrainte par ses parents de prendre le voile et de prononcer ses vœux. Le prétexte avancé par son père est que les mariages de ses deux sœurs ont exagérément grevé les caisses familiales…La réalité est tout autre : Suzanne doit expier la faute de sa mère et payer le prix fort de son illégitimité. Diderot et ses amis escomptent ainsi toucher la fibre libertaire et sensible du marquis qui ne manquera pas d’accourir à la Capitale pour secourir cette jeune femme.

Guillaume Nicloux s’est donc attaqué, après Jacques Rivette, à l’adaptation cinématographique de ce roman et en a proposé sa lecture en mars 2013. J’avais adoré le roman, le film m’a comblée !

Les décors et la photographie, justes et avides de naturel, nous plongent bien dans cette ambiance carcérale à tous les niveaux. La demeure des Simonin s’impose comme un carcan ne laissant guère la place à la parole féminine, les divers couvents fréquentés par Suzanne peuvent faire froid dans le dos. La lumière sublime les actrices tandis que la musique s’efforce de ne pas être grandiloquente et de leur laisser la première place. C’est bien à l’humaine que s’intéresse le film ! Nicloux narre brillamment le parcours, la lutte de la jeune religieuse pour recouvrer sa liberté perdue, aidée en cela de l’avocat Manouri. Ces quelques années placées sous le sceau de Dieu constituent un véritable chemin de croix. Suzanne, victime sacrificielle, perd son procès, passe d’une mère supérieure bienveillante, Mme de Moni (Françoise Lebrun) à la tyrannique et sadique Sœur Christine incarnée par une Louise Bourgoin étonnante. Elle subit ensuite les assauts pour le moins hystériques de l’abbesse de Ste Eutrope, un rôle assumé par une Isabelle Huppert effrayante et touchante à la fois. Ce calvaire fait véritablement de Suzanne une sainte, puisque ni la silice, ni les cachots et autres brimades ne l’écartent de Dieu. Après Manouri, c’est toujours en lui qu’elle place ses espoirs, n’abandonnant jamais la prière.

Le casting est convaincant. Le film est aussi un hommage à ses actrices, particulièrement brillantes. Pauline Etienne incarne une Suzanne magnifique. Son jeu remarquable est d’une justesse rare. Elle est pleine de grâce d’un bout à l’autre de son calvaire.

Je regrette juste que Guillaume Nicloux ait épuré son film du côté vaguement potache du roman. L’esprit dix-huitiémiste du texte est relativement absent, sans doute parce que le parti-pris du réalisateur est d’insister sur la vie monacale, sur le traitement des corps (objets de convoitise, de jalousie et de sévices), le conflit entre le libre-arbitre et la manipulation mentale, la servitude.

Ce film confine au chef d’œuvre !

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