discussion « L’Homme qui rit » de J-P Améris


« L’Homme qui rit », de Jean-Pierre Améris, 2012 HommeQuiRit

Rappelons que « L’Homme qui rit » est un roman philosophique publié par Victor Hugo en 1869.
Adapter une telle œuvre relève du défi. Elle s’impose en effet par son épaisseur, son épisme et une certaine grandiloquence qui n’est pas pour me déplaire. Comment juger alors un tel film ? A l’aune de sa fidélité exacte au texte, ou à celle de ses qualités propres et purement cinématographiques ? J’opte pour la seconde approche.
Le film s’ouvre sur un décor glacial et onirique, une ambiance de carton-pâte fortement enneigée, soumise à un vent qui tient du blizzard. L’image évoque alors les dessins animés et relève d’une certaine artificialité que j’apprécie peu. Mais cela ne dure pas !
Gwynplaine, âgé d’une dizaine d’années, se voit abandonner sur une terre hostile et glaçante par les comprachicos qui sont à la fois ses bourreaux (puisqu’ils l’ont défiguré en agrandissant son sourire après l’avoir arraché à ses proches) et sa seule famille. Livré à lui-même et à la dureté des éléments, il cherche péniblement un asile et découvre sur son chemin une fillette gémissante dans les bras de sa mère tuée par le froid. Seul Ursus, superbement incarné par un Gérard Depardieu tout en nuances pour une fois, accepte de les accueillir dans sa modeste roulotte. Il découvre que les yeux de la fillette, qu’il prénomme Déa, ont été brûlés par la neige et qu’ils ne verront plus la lumière. Forain, herboriste et bonimenteur, Ursus se prend d’une grande affection pour les deux enfants qui comblent finalement son désert affectif. Ils sillonnent les routes, de village en village et Ursus devient progressivement l’auteur de spectacles s’inspirant de l’histoire de ses deux protégés (devenus de superbes jeunes gens par l’entremise d’une ellipse temporelle vertigineuse), et de leur monstruosité. Le public est au rendez-vous ! Ces spectacles les conduisent à Paris… leur proximité dans cette « caravane » poussent aussi Déa et Gwynplaine à l’amour. Comme toujours, Paris est le lieu de tous les dangers, des incertitudes, la toile de fond des apprentissages. Gwynplaine y découvre aussi sa véritable identité et son statut de pair de France. L’heure des choix va s’avérer difficile.
Marc-André Grondin, malgré cette cicatrice impressionnante qui répugne et fascine à la fois, incarne un Gwynplaine magnifique, même si le personnage de Hugo a davantage d’épaisseur. La prestation de Christa Théret, dans le rôle de Déa, n’a rien à lui envier.
Je préfère le roman, bien évidemment, mais il me semble qu’Améris est parvenu à restituer l’esprit et le souffle hugoliens. Les questions de fond comme l’image et l’estime de soi, le regard de l’autre, la monstruosité, l’amour et la misère sont présentes et fort bien traitées. J’ai ainsi beaucoup apprécié la scène à la chambre des députés qui restitue bien l’art oratoire d’Hugo. Je salue aussi la qualité de la photographie de Gérard Simon. Je suis nettement plus réservée sur les partis pris de Franck Schwartz et de Stéphane Moucha concernant les décors et la musique.
Cela reste à mon sens un très beau film !

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