discussion « Les vies d’oiseaux » de Véronique Ovaldé


« Des vies d’oiseaux » de Véronique Ovaldé, Editions de l’Olivier, 2011
Encore une fois, Véronique ovaldé nous embarque dans un univers bien à elle, quelque part au Mexique, entre Villanueva et Irigoy.
Vida et Gustavo Izarra vivent dans une demeure qui « s’effondre somptueusement », sur la Colline Dollars.
Native d’Irigoy, Vida a grandi dans la pauvreté, « au milieu du désert et du guano », avant de conclure un mariage qui pourrait sembler miraculeux. Son enfance a le goût amer d’une vilaine grand-mère, « dure comme un granit ». Même son poulet « avait un arrière goût de tourbe ». Gustavo, l’homme d’affaires au «visage de beau gosse international », n’a jamais connu le manque. Il « parle avec des doubles sens cryptés ». « Il y a du souterrain dans tout ce qu’il énonce », et le reste du temps, il s’impose comme le roi de l’évitement.
« l’évitement est certainement une manière de vivre à deux ».
Il aspire par ailleurs continuellement « à ce que la beauté de sa femme se marie idéalement avec l’étalage de son argent ».
Vida est en effet sa construction, sa créature (il ya du Pygmalion dans tout cela !!!). « Elle devait correspondre à la représentation que Gustavo avait de sa femme : il l’avait fabriquée et imaginait lui insuffler chacune de ses impulsions de vie. Le hic, finalement, c’est qu’il mesure mal ces fameuses impulsions et que Vida se sent « parfois bien vivante dans la tombe » qu’il lui a creusée. Cette vie de couple, qui aurait pu faire rêver ses anciennes camarades de jeu et les plus midinettes d’entre nous, lui paraît lourde et parfois contre-nature. Certains soirs, Vida Gastorazu prend le dessus sur Mme Izarra et elle n’a pas envie « d’être le porte-étendard de la réussite des scalpels Izarra. »
Aussi, le fossé entre eux s’est-il agrandi avec le départ de Paloma, leur fille, née dans de beaux draps de soie et pourtant en rupture de ban. Cette dernière a coupé le cordon familial suite à sa rencontre avec Adolfo, un bien curieux jardinier, et à sa dispute avec son père.
Le roman s’ouvre sur une série d’attentats bien étranges. La demeure des Izarra, puis celle des Baloseca entre autres nantis, sont visitées. On n’y vole rien. Il semble juste qu’on profite de la vue, du confort, (par effraction quand même), qu’on y vide les congélateurs et les réserves d’alcools. Chez le bijoutier Fromentier, des individus cagoulés sèment le plus grand désordre sans emporter le moindre butin…
Ce sont ces menus faits qui conduisent les Izarra au poste de police, où ils sont reçus par Taïbo, « dans son bureau nicotiné ». Taïbo vit de l’autre côté de Villanueva, un endroit vaguement moderne mais sans les dollars. Il occupe un mobil home agréable certes, mais sans Térésa qui l’a quitté pour l’un de « ces cowboys modernes ».
Si le commissaire ne voit pas trop en quoi il peut leur être utile, vu la nature des délits, il sait qu’il est né le même jour que Vida, ce qui peut n’être qu’une coïncidence, mais qui peut s’avérer aussi un sacré signe du destin ! Force est de constater rapidement, de part et d’autre, que ce ne sont pas uniquement les besoins de l’enquête qui conduisent Vida et Taibo jusqu’à Irigoy, « un terrain vague entre deux échangeurs au milieu de rien. Le strapontin du monde ».
C’est en effet Irigoy qui va réunir le destin des 4 protagonistes : Vida, Paloma, Adolfo et Taibo, Gustavo se glissant progressivement dans la peau de l’intrus.
Irigoy est « un non lieu à la réputation légendaire » dont Adolfo est un pur produit, c’est certainement ce qui attire Paloma …Ce qui l’unit à la jeune femme, outre l’amour, c’est ce même besoin de révolte contre ses origines, et le même désir de liberté.
Mais Irigoy, cette « banlieue du monde » « qui ressemble à une ville de ferrailleurs dépressifs » est aussi un drôle d’endroit pour une escapade amoureuse. C’est pourtant lors d’une nuit au Foyer culturel que Vida réapprendra à vivre.

C’est un hymne à l’amour que nous livre Véronique Ovaldé, à l’amour vrai, conçu comme un don de soi et non comme un sacrifice ou une servitude volontaire. C’est aussi une belle approche de la relation mère-fille. Avec la force de dérision qui est la sienne, Ovaldé nous propose une galerie de personnages toujours bien campés (le vieux père joueur de luth, Eguzki, le jeune frère devenu fou à coups de sauvagerie paternelle…) sur fond de misères humaines fortement contrastées. Invention et ravissement des mots sont aussi au rendez-vous, comme toujours chez cette auteure.

Mon extrait fétiche (mais c’est très dur de choisir…)
« De la similitude entre les campagnols et les femmes
Juste après Paloma a pensé que sa mère lui ressassait, comment exclure sa mère n’est-ce pas de ce genre de débat, elle a pensé aux chimies amoureuses et aux campagnols
Chez les campagnols des plaines d’Amérique, la formation du couple tient à l’action d’un neurotransmetteur qui s’exprime dans un petit endroit du cerveau. Pour la femelle il s’agit de l’ocytocine : l’hormone de l’attachement. Elle est sécrétée dès le premier rapport sexuel. Si l’on injecte des antagonistes de l’ocytocine chez la femelle monogame, elle devient, le terme est celui des scientifiques, « opportuniste ».
Il se passe à peu près la même chose chez l’humain de sexe féminin.
Un orgasme et vous voilà tout enamourée. Si tant est que personne ne vous ait injecté d’hormones contradictoires. »

Et pour finir, une réplique amoureuse de Taibo qui m’amuse beaucoup
« Si tu voulais des garanties, ma douce, il fallait acheter un toaster. »

Un commentaire

  1. J’aime vraiment V. Ovaldé, je viendari à ce roman aussi, c’est sûr. En ce moment, je me délecte de La grâce des brigands…
    Bisous à toi ma Sab’

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