discussion « Effluves du passé » de Poonamraag Seehotul


« Effluves du passé » de Poonamraag Seetohul, Editions l’Atelier, collection littérature dirigée par Barlen Pyamootoo, novembre 2013 (traduit de l’anglais par Marjorie Barbe-Desvaux.poonam

Parmi les joyaux de la rue Lees, nous comptons certes le thé Corson, mais surtout Poonam, une adorable jeune femme, enseignante et passionnée de théâtre expérimental, mais aussi d’écriture. Je l’ai rencontrée dans le cadre de l’Atelier d’écriture (le samedi à l’IFM de Rosehill) et j’ai pu apprécier ses talents et sa personne.
Après la publication d’une nouvelle dans un recueil collectif, Poonam vient de publier une pièce de théâtre intitulée « Draught from the past », en français « Effluves du passé ».
Dans cette pièce en deux actes, Poonam propose un traitement dramatique très original d’un fléau hélas trop fréquent : le viol et la pédophilie.
Le drame s’ouvre sur l’intimé de David et Anita, parents de la jeune victime, Hannah. Plus de deux ans se sont écoulés depuis cette découverte monstrueuse, deux ans durant lesquels Anita a toujours refusé de mêler la police à tout cela, deux ans durant lesquels tout le monde a tenté de faire semblant, de croire que tout pourrait redevenir comme avant. Anita le reconnaît, en voulant épargner son frère Mani, qui pourtant n’avait pas toujours été correct avec elle durant l’enfance, elle a protégé le monstre et supplicié les siens. Elle a voulu taire « cette petite faille dans sa personnalité », comme si elle refusait l’idée de cette monstruosité. Le couple qu’elle forme avec David est au bord de la rupture. Ne demeurent plus entre eux que les silences, les non-dits et les reproches tus. Ce ne sont plus que des pantins, « des individus habitant sous le même toit jouant à la dinette. »
« Nous ne sommes plus que l’ombre de nous-mêmes » « ça devient de plus en plus difficile de jouer la comédie devant les autres tout le temps ».
Anita se sent coupable et « laissée comme un objet sans vie, cassé et inutile ».
Mais pourquoi a-t-elle donc contraint David et leur ami Sid au silence ? Pourquoi David, la droiture incarnée, l’homme qui aime par-dessus tout le respect des règles du jeu », a-t-il accepté ce pacte infernal ? Anita a voulu sans doute épargner son sang, le lien familial, et puis « ça arrive dans toutes les familles ». Mais Anita a surtout voulu protéger sa fille des rumeurs, des jugements et des medias. Les victimes connaissent en effet trop souvent encore cette double peine.
« Mon Hannah n’est pas une chose publique. »
Les nombreuses didascalies évoquent un décor intimiste, minimaliste mais encore charmant. Elles témoignent également d’une intéressante influence romanesque qui parcourt l’œuvre. Poonam construit en effet sa pièce sur des analepses, cherchant ainsi à parfaire la psychologie de ses personnages en retraçant leurs évolutions. Ces analepses donnent également beaucoup de sens au jeu des silences également très présent. Elle superpose aussi parfois les conversations et les soliloques, dans une polyphonie intéressante. J’ai ainsi fortement apprécié la façon dont elle entremêle la discussion entre Anita et Luana, l’ex-fiancée de Mani, mais aussi son amie, et le monologue de Mani lui-même, exposant sa folie.
« C’est perturbant. D’être désigné ainsi comme un dégénéré. Ca éclipse tout le reste… »
« Et pourtant, je ne ressens pas cette horreur au fond de moi…ça aurait pu être juste une hallucination, une vision de l’interdit. »
« l’innocence, la simplicité et …. La vulnérabilité de l’enfance. Une fascination excessive. »
« Ca me paraît irréel. Le passage à l’acte. »

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