Les faux-monnayeurs de Gide


« Les Faux-monnayeurs » de Gide

Roman? Antiroman? Roman du roman? Roman somme? Roman touffu? Les publications autour de l’oeuvre, au programme de l’agrégation, rivalisent de qualificatifs. Gide lui-même convoque le genre du roman d’aventures, ce qui n’est pas sans plonger le lecteur dans une grande perplexité.

Le mieux est sans doute de se plonger dans la lecture sans souci de classification et de se laisser porter par la qualité de l’écriture et le plaisir procuré par des personnages tout aussi divers que les situations.  C’est un univers souvent clos haut en couleurs!

Rendre compte des thématiques abordées et d’une éventuelle intrigue relève de la gageure tant Gide nous embarque sur plusieurs pistes à la fois, pistes qui n’ aboutissent que rarement .

Le roman met en oeuvre un conflit générationnel: d’un côté les ados, de l’autres leurs pères, et quelquefois leurs mères, souvent fautives. Au tournant du XX° il s’agit finalement pour ces jeunes gens de se construire, de se positionner dans une société où règnent les faux-monnayeurs, au propre comme au figuré. Il s’agit également de repenser les fondements de cette société qui mérite, sinon une révolution,  du moins une reconstruction. Bernard prend ainsi conscience, à l’entame du roman, de sa bâtardise, ce qui le conduit aussi à considérer cette bourgeoisie bien pensante, à laquelle il est censé appartenir, comme une fausse-monnaie. Les enfants de la famille Vedel reconsidèrent également leur éducation puritaine, ses pieux mensonges et ses faux-semblants. Lady Griffith, femme immorale d’un point de vue bourgeois, conduit de son côté Vincent à redéfinir l’amour. Le roman semble ainsi faire le tour de toutes les préoccupations humaines abordées par le genre romanesque au fil des siècles. Il se propose également de faire le point sur les différents débats d’idées qui ont marqué l’entrée dans le XX°.  Les personnages, fort nombreux, apporte chacun leur part d’idéologie, leur lot de convictions plus ou moins toutes faites. Le jeu des amitiés et inimitiés, des amours défaits ou à venir est alors l’occasion pour chacun d’en découdre. C’est aussi l’occasion pour l’auteur de proposer un roman d’idées d’un genre nouveau. Rien n’est asséné… son mot d’ordre demeure de bousculer, d’agiter le lecteur.. On est le « contemporain capital  » ou pas!!!! Ces personnages gravitent par ailleurs autour du monde littéraire. Ecriture et lecture occupent en effet une place prépondérante dans ce noeud d’intrigues puisque  les protagonistes sont toujours des lecteurs, et bien souvent des scripteurs aussi. La mise en présence d’Edouard et de Passavant, tous deux romanciers, fonde ainsi un système de mise en abyme abyssal qui interroge en profondeur l’écriture romanesque et les canons du genre. De quoi stimuler  l’esprit du lecteur!!!! Ajoutons à cela que Gide manie avec un art consommé toutes les grandes ficelles romanesques dans une écriture ludique et délicieusement ironique.

Un moment de grande littérature!

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