« La faute à Voltaire » de Kechiche


« La faute à Voltaire » d’Abdéllatif Kéchiche

Un premier film au rythme parfois un peu lent mais touchant

Jallel (Sami Bouajila), un jeune Tunisien, débarque à Paris.. Il a la grande naïveté l’espoir de s’y construire une vie meilleure. On le découvre dans les locaux de ce qui ressemble à une préfecture, prêt à compléter sa demande d’autorisation de séjour. Sur les conseils d’amis rompus à ce genre de formalités, il se fait passer pour un Algérien qui demanderait l’asile politique. Il paraît que les autorités françaises s’enorgueillissent de leurs valeurs et du fameux slogan « La France terre d’asile », certains d’avoir inventé la liberté en 1789 (moment d’anthologie dans ce film!!!). La réponse des dites autorités ne sera pourtant pas favorable à Jallel qui entame alors une existence de « sans papier ». Le jour, il vit d’expédients et de petits bulots « sauvages » : vente d’avocats et d’oranges dans les couloirs du métro; ventes de roses dans les restaurants et autres lieux publics. La nuit, il regagne un foyer multiculturel . Il sillonne le Paris des exclus et multiplie les rencontres amicales et amoureuses. Ainsi Nassera le conduit à Lucie, bien malgré elle, tandis que Franck, l’exilé Breton, ne l’abandonne jamais dans l’adversité. Ce Paris, Jallel apprend vite à l’aimer, tout comme cette vie finalement. Son seul souci réside dans les contrôles d’identité. La vigilance s’impose: il s’agit d’échapper constamment au regard des forces de l’ordre.

Kéchiche nous propose ainsi un véritable parcours initiatique admirablement filmé à mon goût. Il explique  d’ailleurs se référer  au « conte arabe ». Le scénario, dont la fin est relativement attendue certes, ménage de beaux effets de surprise. La réalisation, et particulièrement le montage, est tout en sensibilité. Si les répliques sont parfois bien trouvées, le film n’est pas bavard et s’appuie énormément sur le jeu des regards et des gestes particulièrement signifiants et touchants. Le film, sans sombrer dans un pathos pesant, donne à voir une certaine misère humaine, sans concession, mais sans trop de polémique.  Cette vision peu réjouissante se voit en outre contrebalancée par un humanisme puissant qui semble laisser entrevoir un possible espoir. Sami Bouajila est admirable de naturel, de franchise et de crédibilité. La photo lui rend d’ailleurs hommage! Bruno Lachet, employé ici presque à contre-emploi, contribue superbement à l’efficacité du film, tandis qu’Elodie Bouchez (dont je ne suis généralement pas trop fan) incarne avec beaucoup de justesse une Lucie totalement déjantée en mal d’affection.

A film à découvrir!

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