« Cinquante nuances de Grey » de E.L James


« Cinquante nuances de Grey » de EL James

cinquante-nuances1.jpgJ’ai cédé moi aussi à la pandémie!

En octobre dernier « Cinquante nuances de Grey » défrayait la chronique. Une campagne de promotion hors normes Un bouche à oreille incroyable présentait ce roman comme l’événement littéraire de la décennie au moins et je me devais de ne passer à côté d’une telle « perle » alors que j’étais en proie à une terrible crise de platine-attitude! Pensez-donc ! La bonne ménagère de presque cinquante ans que je suis n’a jamais fichu les pieds dans un sex-shop… Comme je préparais l’agreg, j’ai aussi raté la vogue locale des soirées-ventes de sex-toys… SHAME ON ME !!!!! J’ignorais tout du mode d’emploi et des vertus – manifestement redoutables – des boules de Geisha!!! 

Voilà donc un premier bon point décerné  à EL James: son roman a une portée didactique indéniable! A cela s’ajoute une dimension scientifique hors paire. L’hypothèse à vérifier pourrait-être la suivante: peut-on multiplier les orgasmes quasiment sur commande? Après plusieurs expériences virtuelles pour le lecteur – merci à Melle Anastasia Steele qui a bien voulu prendre sur elle et se dévouer – il semble que l’on puisse établir certaines lois. Les conditions optimales résident dans la rédaction d’un contrat encadrant l’ensemble des jeux sexuels  relations amoureuses des partenaires. Pas question en effet de laisser trop de place au hasard! Elles résident également dans le recours à des accessoires nombreux et aussi variés que déroutants (des sous-vêtements en latex à la canne ou aux menottes et autres chaînes). Ajoutons à cela une utilisation détournée de certains objets usuels comme une ceinture  – il faut vraiment être idiot pour se contenter d’en user pour tenir son jean –  un bureau, ou encore la table de la cuisine. De tels détournements confèrent sans nul doute toute sa dimension poétique à la narration qui s’enorgueillit par ailleurs de jurons quelque peu répétitifs anaphoriques qui officient également comme des stimuli du plaisir. 

Mais intéressons-nous à la portée philosophique du roman! Si le hasard confine parfois au tragique, force est de constater qu’il peut s’avérer mutin. Comment expliquer autrement  la rencontre improbable d’Anastasia Steele, jeune vierge  – pas si effarouchée que cela finalement – avec le riche homme d’affaires Christian Grey? Ana pourrait en effet intenter un procès pour « mise en danger de la vie d’autrui » à sa bonne amie et co-locataire Katherine Kavanagh qui l’a jetée dans la gueule du jeune loup Grey. En effet, si la toison de ce dernier alimente les premiers fantasmes d’Ana, elle ne soupçonne pas où tout cela va la mener. La pauvrette s’aveugle tragiquement sur  cet amour fatal … Elle pourrait aussi assigner en justice ses profs de littérature qui ne lui ont jamais expliqué les « Contes » de Perrault à l’aune de Bettleheim. 

Les puristes et les intellos peuvent donc disserter à loisir sur les graves questions du hasard et de la nécessité, du hasard et de ses conséquences. Ils peuvent aussi méditer sur l’exercice de cette fatalité qui risque de condamner tragiquement une jeune étudiante à la débauche ou encore se pencher sur la poétique éjaculatoire  de EL James.

Une lectrice normale, elle, a plutôt tendance à se laisser porter par l’intrigue… Certes, mis à part le saupoudrage sado-maso, auquel on s’accoutume bien mieux qu’on ne l’imaginait d’abord, ce qui nous tient en haleine finalement, c’est davantage la romance. Rien de bien révolutionnaire effectivement chez EL James. Elle reprend tous les poncifs et autres clichés éculés ingrédients de la littératuire à l’eau de rose. Deux individus fondamentalement antithétiques, que rien de prédestine à se rencontrer, se rencontrent pourtant. Vient le jeu de l’attrait-répulsion, des je-t-aime-moi-non-plus et des rapports de séduction. Le personnage d’Ana est limite crédible (il faut déjà la trouver la vierge de 25 ans  hyper-canon qui ne s’est pas encore réfugiée dans un couvent)… toutefois sa maladresse récurrente et son côté empoté finissent par amuser. Quant à Grey… Ah Grey !!!!! Un modèle du genre – vous savez le genre que l’on ne croise jamais dans la vraie vie – le style mec doté d’un Quotien physique à la mesure de son QI… Divinement beau, divinement riche et généreux… Le mec hors normes.  Cela cache forcément  quelque chose, mais l’auteur nous a tellement apaté(e)s, que rien ne nous choque. Bref Grey contribue beaucoup au plaisir de la lecture…

Alors oui, je vous l’accorde, ce roman est quasiment indigne de figurer sur nos étagères. Oui c’est juste du réchauffé avec une petite dose de « politiquement incorrect »… oui c’est un mauvais livre!

Mais pourtant, ça marche!!!! La preuve? Combien d’entre nous ont-elles déjà lu  (ou sont-elles en passe de lire) le tome 2, voire le 3 ????

Non, je ne l’ai pas refermé dès la lecture de l’incipit… non je ne me suis pas ennuyée…j’ai même souvent ri ! Non, je ne renierai pas le plaisir que j’y ai pris et OUI je lirai la suite!

 

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