« Alex » de Pierre Lemaitre


« Alex » de Pierre Lemaitre


alex.jpgSans être une spécialiste du genre j’adore les thrillers tant en littérature qu’au cinéma. Je réserve souvent ces lectures pour les moments de grande décompression ou pour  les longs trajets en avion. Difficile parfois de se concentrer sur un roman dans le brouhaha qui règne dans le train ou dans un airbus. L’avantage avec Lemaitre, c’est que ses romans sont tellement prenants qu’on en oublie  son environnement immédiat!

Le billet du jour concerne donc « Alex », le second opus de la trilogie Verhoeven que je n’ai pas lue dans l’ordre. Et si « Sacrifices » manquait un tantinet d’intensité à mon goût, ce second volet m’a comblée!

L’intrigue:

Camille Verhoeven, que nous avions quitté accablé de douleur dans « Travail soigné », est gâté pour sa reprise des affaires. Lui qui se remet péniblement de l’assassinat atroce de sa femme Irène et du bébé qu’elle portait, lui qui émerge à peine d’une terrible dépression qui a failli avoir raison de sa raison, doit enquêter au pied levé sur l’enlèvement d’une jeune femme. Il peste, tant cette affaire le renvoie à sa propre histoire et à son désespoir. Il voulait éviter cela. Désormais »Camille veut des morts bien morts, définitivement, des morts sans contestation. »Il n’est pas sans s’interroger, bien sûr, sur les curieux hasards qui le conduisent à mener cette enquête. Encore une machination de Le Guen, le divisionnaire, pour le sortir de son marasme! Du haut de son mètre quarante-trois, toujours accompagné de ses fidèles lieutenants, Armand le pingre et Louis le riche, le playboy de la Crime, il se trouve rapidement confronté à un univers de psychopathes comme Lemaitre sait brillamment les inventer. Je n’en dirai pas davantage, il serait regrettable de trop déflorer le récit.

Le lecteur passe par toutes les émotions tant l’auteur manie à la perfection les retournements de situation, les rebondissements et l’art du suspense. L’enlèvement et la captivité d’Alex sont d’une sauvagerie sans nom… Ames sensibles s’abstenir car c’est assez gore! Mais la sauvagerie, Alex connaît, elle parvient même curieusement à la conjuguer à tous les modes.

L’écriture:

Lemaitre orchestre la narration sur le mode du récit alterné. La confrontation des points de vue des enquêteurs et d’Alex participent grandement de l’intensité du roman, tout comme le recours au présent. Le romancier joue ainsi sur les sentiments d’empathie et d’antipathie du lecteur qui ne sait rapidement plus à quel saint se vouer. L’écriture relève du travail soigné (vous me pardonnerez ce mauvais jeu de mots…). Les personnages sont admirablement bien campés. La psychologie complexe d’Alex, sa pathologie, est particulièrement crédible et bien travaillée. Le personnage du frère est également fort réussi. Quant aux enquêteurs et autres personnages secondaires ils sont souvent l’objet d’un art de la caricature qui n’a rien à envier à Balzac.

Le style est agréable et j’apprécie certaines phrases bien senties et bien frappées qui s’imposent comme des vérités sur le genre humain.

« Camille soupire, on a toujours tort d’avoir raison trop tôt. »

« Faire mine de s’interroger n’est qu’une manière de recouvrir une décision discutable d’un semblant de rationalité ».

Le personnage éponyme ne laisse pas indifférent, par son histoire évidemment, mais surtout par son intelligence, qu’elle met au service d’une vengeance aussi froide qu’implacable. 

L’autre point fort de Lemaitre réside dans ce sens de l’humour qu’il distille savamment au fil des pages, comme pour détendre un peu cette atmosphère on ne peut plus pesante.

« Camille et le chien se regardent et se détestent immédiatement. »

ou encore à propos d’Armand le pingre : « Armand aime bien quand il y a du monde. Une foule, pour lui, est d’abord une réserve de cigarettes. »

A propos de l’une des victimes, un cafetier « Du coup il fait dans le bistro. Il est plongeur, puis serveur, puis demi-chef de rang, nous avons sous les yeux un merveilleux exemple de montée sociale par la descente du gosier. »

« Vous avez montré que vous n’êtes pas ennemi de l’humour noir, monsieur Vasseur, je vais donc me permettre une pointe d’esprit. Je dirais que cette fois, c’est Alex qui vous a baisé. »

Propos du juge avec lequel Camille a du mal à coopérer: « Pardonnez-moi de vous le dire ainsi, nous ne sommes plus dans une culture du coupable. Nous sommes aujourd’hui dans la culture de la victime. » (Je ris toute seule tant j’ai l’impression de lire ici la transposition d’un discours du ministre de l’Education Nationale!!!!).

Au delà du thriller: une tragédie:

A la lecture de ce thriller on ne peut s’empêcher de songer  à la tragédie dans ce qu’elle a de plus noir. Le roman se construit en effet comme une tragédie en trois actes, avec son lot de morts, un déterminisme psychologique et social qui vaut toutes les fatalités du monde, des passions sadiques et meurtrières…

« Elle en rit de pleurer parce qu’elle ne sait plus si elle est heureuse d’être toujours vivante ou malheureuse d’être encore Alex ».

« Elle sait s’y prendre, devant cette adversité qui vient des profondeurs. »

« Elle aurait bien aimé que ça passe plutôt dans l’amour, mais l’amour est un sujet à part, le compartiment sinistré de son existence. Elle a espéré, voulu puis elle a renoncé. »

 

Si vous ne connaissez pas encore Lemaitre, il est temps d’y remédier. C’est un maître du genre! Frissons garantis….

 

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